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Vendredi 29 août 2014 5 29 /08 /Août /2014 16:15

A mon tour de prendre part à la diaspora Overblog, les marchands du temple ayant gagné, ici comme partout ailleurs, Multa a été déménagé chez Eklablog, afin de ne plus avoir un blog vérolé de publicités peu discrètes. Voici donc la nouvelle adresse :

http://multa-paucis.eklablog.com/

Par B.
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Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 16:07

http://kaolakt.free.fr/noanik.jpg

 

De Darren Aronofsky (2014, Etats-unis)

C’est peu dire que nous étions restés en de très mauvais termes avec le monsieur depuis son précédent opus, dont la subtilité pachydermique lui avait valu les lauriers de la critique. Le genre de film à nous fâcher définitivement avec son auteur. Noé, s’il nous inspire des réactions moins violentes, n’est pourtant pas près de redresser la barre.


Il y a une naïveté fondamentale à vouloir critiquer la religion sur la base d’œuvres qui valident ses présupposés. Soit Dieu existe, et alors la Bible est vraie, et les religieux ont raison. Soit Dieu n’existe pas, et alors les événements relatés dans la Bible sont imaginaires. De sorte qu’il est vain ensuite de reprendre ces mêmes événements d’un point de vue athée, puisqu’ils perdent alors tout sens. Cela rappelle ces libertins inconséquents qui, ne croyant pas en Dieu, ne cessaient néanmoins jamais de jurer contre lui, parce qu’il leur était encore trop commode comme bouc-émissaire. Ça n’arrête pas Aronofsky et son scénariste. Dénonçons le fanatisme religieux et son dieu génocidaire, mais à l’intérieur du récit biblique, donc dans un univers qui admet la Genèse et les miracles d’un dieu omnipotent. Cette contradiction réduit à néant le propos du film, et produit de belles absurdités, comme l’inclusion de la théorie de l’évolution menant directement au jardin d’éden (une des rares belles scènes du film néanmoins, qui rappelle le clip fameux de Right Here, Right Now de Fatboy Slim – quoique cela relève plus du gimmick).


Tant et si bien que pour attaquer la Bible, les auteurs en sont réduits à… changer la Bible ! Quitte à tomber dans le contresens total. Au terme d’une introduction dont la laideur numérique laisse présager du pire, nous apprenons que l’humanité s’est divisée en quasiment deux espèces, les fils de Caïn, les méchants, et les fils de Seth, les gentils. Autrement dit, la notion de péché originel est détournée, pour en faire une simple question de descendance, une question raciale, alors que le péché est censé exister en tout homme. Ce qui est particulièrement maladroit puisque le film essaye de nous démontrer par la suite cette même thèse ! 

 

C’est là que le bât blesse : tous les problèmes sont mal posés, et développés de façon superficielle. On comprend que la question est de savoir si l’humanité mérite d’être sauvée. Bien. Si le film s’était transformé en apologétique, prenant la Genèse pour prétexte, ça aurait pu marcher. Mais ici, la vie humaine n’a même pas de valeur en soi, seuls quelques-uns la méritent. Le porte-parole de l’humanité est le grand méchant du film, qui plus est affublé d’une barbe en pinces de crabe d’un ridicule achevé. Le débat n’est donc même pas posé honnêtement. Il y a d’un côté les salauds, violeurs, pilleurs, tueurs, et de l’autre les saints, qui ne sont bons que parce qu’ils sont victimes des premiers (ce qui rappelle fortement la morale des esclaves critiquée par Nietzsche). Le péché ultime, c’est de ne pas respecter la nature, c’est la technique, et nous retombons sur notre bon vieux new age gaïen digne d’Avatar et de Bernard Werber. Avec cette tendance pénible qui l’accompagne à vouloir juger l’humanité à partir d’impératifs moraux qui lui sont extérieurs, en s’en extrayant soi-même. Les animaux méritent d’être sauvés parce qu’ils sont innocents, parce qu’ils n’ont pas de conscience, et seraient donc pleinement adaptés à la nature : c’est oublier que dans la Bible, Yahvé veut aussi au départ rayer de la carte les animaux, et que ce n’est que parce qu’il a choisi Noé pour perpétuer l’espèce humaine qu’il décide de les sauver aussi.


http://therefinersfire.files.wordpress.com/2010/01/repent.gif
Dans le film, c’est l’inverse qui se produit. Ce sont les animaux que Dieu sauve, Noé n’étant épargné que pour mener son arche pendant le déluge, mais après ça, l’espèce humaine doit s’éteindre car ses fils n’ont pas de femme ou celles-ci sont stériles. C’est-à-dire un pur et simple génocide (« quel salopard, ce Dieu ! » a dû se dire Aronofsky en se frottant les mains, qui en même temps nous dit « quels salopards, ces hommes ! »), là où la Bible donnait à chacun des fils de Noé une femme pour repeupler la Terre. Mais en fait non, car le personnage d’Emma Watson est in fine enceinte, ce qui nous amène à ce qui nous est étrangement présenté comme le seul véritable choix moral du film. Noé va-t-il obéir à la volonté meurtrière de Dieu en tuant l’enfant à naître, ou bien l’amour va-t-il l’emporter ? À la fin, il désobéit, et son choix nous est présenté comme le bon – et l’humanité survivra car les frères seront bien obligés de lutiner leurs sœurs. On nous annonce que Noé a été mis devant ce choix pour juger de lui-même si l’humanité mérite de survivre. En réalité, ce choix, il l’avait déjà fait, en refusant au reste de l’humanité de monter à bord de son arche. Accepter l’humanité, c’est l’accepter aussi et surtout dans le mal. La faire au regard de l’innocence toute temporaire de bébés, c’est encore vouloir de l’homme qu’il ne soit pas homme, c’est procrastiner devant la question du mal.

 

Qu’on ne se méprenne pas : notre critique n’est pas celle d’un croyant qui s’offusquerait que l’on touche à son Dieu et pour qui les écritures saintes sont immuables. Elle est celle d’un athée contre un autre athée, qui s’agace de cette attitude inepte qui consiste à se piquer de dicter à l’Eglise catholique ce qu’elle devrait penser et autoriser sans être soi-même chrétien. Elle est celle de quelqu’un qui estime que ce n’est pas en faisant dire à un texte ce qu’il ne dit pas qu’on peut le combattre, puisque cela ne revient à rien d’autre qu’à de la propagande. Elle est enfin celle de quelqu’un qui constate que ce n’est pas la confusion qui permet une réflexion honnête et cohérente.


Mais comme nous sommes nous-mêmes censés être créés à l’image de Dieu, et que nous venons de faire tomber notre propre déluge sur ce pauvre Aronofsky, vient le moment de sauver ce qui mérite de l’être, car nous sommes magnanimes. D’abord, Russell Crowe ne caresse pas les blés, pour une fois. Comme quoi, les inondations géantes, ça a parfois du bon. Les Gardiens, dont l’animation un peu saccadée fait penser à feu Harryhausen. L’emprunt à une esthétique légèrement fantasy, qui permet d’éviter l’écueil du film à costumes. Certaines animations, comme lorsque la graine de Mathusalem est plantée (rassurez-vous, il ne s’agit pas de ce à quoi vous pensez, bande de petits coquins). Le courage de porter un blockbuster en restant relativement peu spectaculaire pour se recentrer sur l’humain. Cela ne suffit pas pour rédimer le film, qui s’écroule sous la bêtise de son discours.

PS : j’aime beaucoup à la fin que Ham (j’imagine d’ici le rire du spectateur américain devant un personnage dont le nom signifie en anglais « jambon ») reparte tout seul pour repeupler la terre de son côté – y arrivera-t-il tout seul avec sa main droite ?


PS 2 : quelqu’un aurait-il l’amabilité de me signaler un film avec Russell Crowe dans lequel on voit celui-ci sourire, si cela existe ?

 

 

Raskolnikov36

 

http://1.bp.blogspot.com/-vCC6RyYrh6c/TsUqaXstH7I/AAAAAAAAKAA/DApXt2RkO3o/s1600/L%25C3%25A9on-Fran%25C3%25A7ois+COMERRE+%25281850-1916%2529by+Catherine+La+Rose+%252835%2529.jpgLéon-François Comerre - Le Déluge, 1890

Par B.
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Vendredi 8 août 2014 5 08 /08 /Août /2014 15:30

Ce qui me fait rire pour revenir à David Lynch. Les gens ne comprennent pas ses films mais ils y vont quand même. Un jour, j'étais avec Alain Resnais. Il venait de réaliser L’année dernière à Marienbad. Resnais est un homme extraordinaire qui faisait des films que lorsqu’il ne comprenait pas le scénario. Alors, il a dit une fois à un journaliste, et Alain déteste les journaleux ; alors, je me souviens qu’on était avec ce fameux journaliste dans un café qui existait à côté du Normandie. Puis il y a le journaliste très intellectuel qui lui dit qu’il y a un chat noir et un chat blanc dans Hiroshima mon amour. Lui il acquiesçait puis quand le type est parti, il m’a dit : "J’ai jamais mis de chat dans mon film". En tous les cas, il ne l’avait pas remarqué. Alain est quelqu’un de très pince-sans-rire. Un jour, il y avait L’année dernière à Marienbad qui se jouait au Publicis. Pendant que le film est projeté, il y a Alain qui vient me chercher dehors et qui me dit : "viens voir !". Alors, on est descendu dans la salle, puis il y avait des gens qui ronflaient et l’ouvreuse tapait sur l’épaule des gens pour qu’ils se réveillent (rires). Les spectateurs s’étaient endormis tellement ils se faisaient chier mais ils y étaient allés parce qu’il fallait aller le voir. Resnais savait très bien que c’était chiant comme la pluie. C’est ça qui est génial avec Alain, c’est qu’il fait des trucs terriblement emmerdants tout en le sachant. C’est ça qui est beau. Je sais qu’il apprécie beaucoup mes films parce que ça le fait rire. Les journalistes ne se permettront pas de dire que ses films sont chiants alors que Resnais en est parfaitement conscient qu'ils sont fastidieux. Parfois, il ne comprenait même pas ce qu’ils écrivaient.


Source

 

Resnais qui était aussi un grand amateur d'X-Files.

Par B. - Publié dans : Citations
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Jeudi 31 juillet 2014 4 31 /07 /Juil /2014 15:28

 

De Stanley Donen (1980, Grande-Bretagne)

Nous sommes tout juste en 1980, la trilogie Star Wars vient de démarrer quelques temps avant avec le succès qu'on lui connait, au même moment Ridley Scott sort son deuxième film, un certain Alien. Mais quant à Stanley Donen ici, rappelons-le, c'est le pur vieux routard du cinéma d'usine de l'âge d'or, qui a donc fait par exemple d'aimables gnangnanteries avec Audrey Hepburn, telles que Voyage à deux ou Drôle de Frimousse, mais aussi et surtout la comédie musicale hollywoodeuse classique et archétypale Chantons sous la pluie. Avec ce Saturn 3, il va donc essayer d'être encore dans le coup...
en réalité, le tournage sera un gros bordel et le premier réalisateur viré car peu capable apparemment (il ira sur le tournage de L'Empire Contre-Attaque mais mourra peu de temps après), notamment à cause du robot qui fut un enfer à diriger, du coup ce sera majoritairement raté voire ridicule, mais touchant (c'est d'ailleurs l'avant dernier film de Donen).

 

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Et ce décalage générationnel, étrangement, nous le retrouvons au sein même de ce huis-clos intersidéral. Ainsi du jeune Harvey Keitel, qui représente davantage "le nouvel Hollywood" selon le terme consacré, plus socialo-réaliste, et qu'on a vu juste avant par exemple dans le très bon Blue Collar. Il incarne ici ce qu'on peut voir comme une espèce de gros nerd scientiste et autiste, un peu comme le portrait que fera plus tard David Fincher de Mark Zuckerberg, ou encore ce qu'on peut voir dans l'actuelle et très bonne série de Mike Judge Silicon Valley (sur nos informaticiens désormais quasi-maîtres du monde alors qu'ils étaient encore pendant les 80's une source d'étrangeté voire de rejet), fan de transhumanisme et avec des penchants de serial killer. Il va se retrouver auprès du couple bizarre que forment Kirk Douglas, son opposé total, mâle alpha détendu et james-bondesque mais alors déjà vieillissant, et une resplendissante Farrah Fawcett qu'il va vite tenter de "draguer" avec presque autant de savoir-vivre que Zuckerberg dans The Social network : "Votre corps est magnifique, j'aimerais l'utiliser"... sans succès. Il tient d'ailleurs des paroles assez claires sur Kirk Douglas, qu'il juge littéralement "obsolète" (comme Stanley Donen à l'heure des Carpenter/Lucas/Scott ?)... en opposition à son robot qu'il a apporté avec lui sur la station isolée, d'une série sobrement baptisée "demi-dieux". Le couple travaille loin de la Terre car celle-ci est surpeuplée, et recherche un nouveau type de nourriture pour icelle, cependant ce thème ne sera pas l'alpha et l'omega du film, contrairement à des métrages de sci-fi 70's comme Soleil Vert ou le très écolo-hippie Silent Running plein de Joan Baez (terrifiant).

 

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Et c'est là, vraiment, que le film aurait pu devenir intéressant, c'était sa meilleure idée, soit le fait que Keitel transvase sa conscience dans le cerveau organique du robot afin d'améliorer son intelligence artificielle... mais qu'il lui passait aussi de ce fait ses mauvais penchants ainsi que son attirance pour Farah ! L'I.A. comme extension et émulation de l'homme, mais parasitée par les limites d'icelui tel que le désir, et la machine de n'être par conséquent que l'amplification et l'aggravation de ses vices. Hélas, c'est très mal ou sous-exploité, et le film de ne paraître in fine que comme un très kitsch sous-Alien sans tension, avec un robot qui plus est quasiment ressorti de la vieille SF hollywoodienne pré-2001 (qui nous aura miraculeusement fait naître des générations d'observateurs d'OVNI). La machine tueuse a en effet une sorte d'énorme tronc/torse afin qu'on puisse y glisser un pauvre intermittent pour les plans d'ensemble, surplombé d'une mini-tête d'un anthropomorphisme ridicule.

 

http://img.seriebox.com/films/22/22052/affich_22052_1.jpghttp://img1.meristation.com/files/imagenes/juegos/pc/action/dead_space/dead_space_pc.jpg?1322831770

 

Il n'empêche donc que tous ces effets "en dur" gardent une petite patine sympathique, de même que les rares plans de départ dans l'espace, même si Kubrick avait fait bien mieux visuellement. On sent quand même encore une certaine propreté dans la mise en scène, quelques effets et décors psyché mais pas trop que justifie la sci-fi, sans atteindre la beauté Bisseuse de l'opérateur Mario Bava (qui influença Alien), et une BO très voire trop efficace par rapport à la faiblardise qu'elle illustre (comme quoi bien souvent le cinénaze ne serait pas grand chose sans son orchestre enregistré, voilà pourquoi son absence est parfois efficace ou révélatrice de davantage de talent). Et puis on s'attache malgré tout aux trois fameux acteurs, bien qu'ils surfent tranquillement sur des vagues de kitschitude. Mais il était grand temps, certes, que le Donen raccroche et passe le relais aux geeks. Rappelons que dans le genre sci-fi foireuse mais attachante de cette époque, il y eut aussi Zardoz.

 

http://kaolakt.free.fr/sat3.jpgSi une intelligence artificielle en venait enfin à contrôler le monde un jour (mais quand on voit celle des jeux vidéo, on peut penser que ce n'est vraiment pas pour demain), il faudrait qu'elle apprenne au moins le concept de clémence afin d'effacer des archives les années 70 (en sauvegardant peut-être deux ou trois albums de Led Zeppelin, Taxi Driver et Barry Lyndon) - les 90 aussi en fait -.


Par B.
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Dimanche 27 juillet 2014 7 27 /07 /Juil /2014 20:16

http://kaolakt.free.fr/malef.jpg

 

De Robert Stromberg (2014, Etats-Unis)

 

"On pourrait presque imaginer que c’est une vieille féministe aigrie et déçue en amour qui a réécrit cette version du conte. [...] Comme si notre génération était traumatisée par les hommes d’aujourd’hui. Je veux bien reconnaître que la gente masculine de notre époque n’est pas forcément un modèle de charisme et de bravoure (par ailleurs les femmes ne sont pas non plus des modèles d’innocence et de pureté), mais quand même [...]..."

 

(extrait d'une critique - Féminine - sur Allociné)

 

 

En effet, ce Maléfique s'inscrit dans son époque déclinante, où l'on voue de ce fait et entretient savamment un culte au chiantissimement nihiliste Game of Crohn. Tout du long nous allons avoir affaire à une réécriture post-moderne totale (le scénario nous vient d'une gonzesse qui a déjà commis le Alice de Burton, c'est dire l'énième génie artistique et intellectuel à l'oeuvre...), une façon de perpétuer la pompe à fric par la subversion de ses propres références (punk is money).

 

Car Maléfique, voyez-vous, a beau porter un tel nom (quand même !), et arborer une grosse paire de... cornes, apparemment tout va bien. Elle était au départ une gentille fée en son royaume (déjà assez bizarre et malvenu), avant que de se faire avoir par... UN HOMME ! Mais non pas un homme tel qu'il aurait pu être entendu chez Tolkien par exemple, c'est-à-dire LES hommes dans le sens global et non "genré" du terme, terrien, incapable ou plus capables de s'ouvrir au merveilleux ou au divin, non ! Un salaud de sale hétéro' (un "cishétéro" même, comme dirait la nouvelle Inquisition), qui ne pense qu'à son cul et à son trône (trop "GOT" quoi !). À tel point qu'il en arrive à bien perfidement arracher ses ailes à la... "gentille Maléfique" (décidément très orwellien tout ça).


Il n'y a qu'une inversion des valeurs, la méchante est gentille en tous points (elle regrette sinon tout emportement), mais le méchant bien méchant est toujours là. Il faut voir aussi comment est traitée par dessus la jambe la figure du prince charmant, arrivant là tel un véritable et ultra-archétypale Prince de Lu à la limite du ridicule, et qui ne servira littéralement à rien. On a donc troqué la bonne vieille niaiserie du père Disney, jugée désormais trop "patriarcale" (et tous les autres pires pêchés du moment), en inversant les camps : contre-niaiserie.

 

http://gs1.wac.edgecastcdn.net/8019B6/data.tumblr.com/f7ba5e512bc8fee194ef4cd6f2988e3b/tumblr_n9didnOKdF1td2tujo1_500.jpg

Concernant la forme, nous avons affaire à un certain Stromberg, à savoir le mec qui a bossé sur les décors de... Navatar ! Et du coup, c'est bien simple, ce Maléfique semble être parfois la version heroïc-fantasy du navet pontifiant et al-gorien de Cameron. Surtout lorsqu'on se trouvera dans le monde des Fées, qui sera une excuse pour vous gerber tout un bestiaire inutile et purement décoratif, juste bon à faire quelques passages devant la caméra pour justifier la 3D.


À peine quelques plans ici et là pouvaient rappeler le carton-pâte stylisé de Ridley Scott dans son sympathique Legend, sauf que ce dernier devait se limiter car il n'y avait pas l'ordinateur rendant tout et n'importe quoi possible (et surtout n'importe quoi comme le prouve encore ce film). De même que certains passages repris à peu près du film original, comme le baptême et la malédiction, nous donnaient un peu une idée de ce qu'aurait pu être l'ensemble s'il avait été plus orthodoxe, à savoir un Belle aux Bois dormant réactualisé, dark fantasy et vaguement moins enfantin comme l'avait été le Blanche-Neige avec Kristen Stewart (qui était déjà lui-même assez "girl power" comme ça), sans chercher à tout subvertir pour autant.

 

Rappelons que le bon vieux père Disney, lui, en faisant son dessin animé de 1959, avait comme inspiration graphique des enluminures médiévales par exemple, de même que le réalisateur du récent Blanche-Neige avait clairement les préraphaélites en tête... et non pas un hidden agenda communautaire réhaussé de pornographique 3D comme ici.



Le libertarien Molyneux vous explique sur une demi-heure passionnante (et drôle) la propagande de "chicktatorship" qu'est donc ce navet industriel :

 
Par B.
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Jeudi 17 juillet 2014 4 17 /07 /Juil /2014 14:46

De Peter Weir (2003, Etats-Unis)

 

Je me dirigeai vers cette histoire de duel naval des guerres napoléoniennes en espérant, pourquoi pas, un visuel qui aurait été influencé par les génies de la peinture maritime de ce siècle... Peter Weir, l'australien, donc comme beaucoup de ses compatriotes cinéastes, fasciné par la Nature, et réalisateur capable, allait-il s'inspirer des grands Romantiques et modernes pré-impressionnistes tels que William Turner, ou du plus tardif Ivan Aïvazovski, pour nous faire un film visuellement sublime (en s'aidant pour ce faire de l'informatique actuelle qui permet tout) ?

 

Hum... non, pas vraiment, on est au cinéma "Historique" avec Russell Crowe... Et j'imagine bien que rien que pour embarquer son bardas technologique et sa troupe d'intermittents sur l'eau, c'est déjà courageux mais ça ne doit pas faciliter la liberté de mouvement artistique. Le pire étant que Gore Verbinski et ses pirates Disney, dont je viens de me taper la trilogie, parvient à faire des choses étonnamment plus esthétiques qu'ici, on va dire que Weir prend décidément le parti d'un certain réalisme sans fard. Ce qu'il y avait d'amusant, d'ailleurs, c'étaient ces quelques lignes de dialogues truffées de vocabulaire technique incompréhensibles pour l'oreille délicate du marin d'eau douce ou javellisée. Exemple :

 

_ Palans de secours sur la barre !

_ Laissez porter les huniers de bâbord.

_ Toutes voiles étarquées!

 

http://uploads6.wikiart.org/images/ivan-aivazovsky/battle-of-cesme-at-night-1848.jpg

Ivan Aivazovsky : Bataille De Cesme La Nuit, 1848

(existe aussi en tee-shirt !)

 

Il y a aussi cette petite opposition entre le chirurgien, qui voudrait faire des escales "Nature et Découverte" afin de satisfaire ses velléités encyclopédistes, tentant donc de pondérer l'enthousiasme du Crowe patriotique et sur-belliciste... c'est l'habituelle caution progressiste du film, un peu comme dans les jeux vidéo Ubi$oft benêts du même genre ; sauf que sur un navire de guerre en 1808, vous auriez peut-être pu vous en passer les gars. Ou disons que la symbolique confrontation de l'homme ancien avec l'homme moderne aurait nécessité un traitement plus approfondi et moins schématiquement grossier (mais nous ne sommes jamais qu'au cinénaze de toute façon). Moderniste mais pas post-moderniste, ce qui était toujours ça de gagné, il n'était au moins ici pas question de cette pénible ironie bien pédante de certains intermittents lorsqu'ils décident de poser leur regard évidemment si lucide et "du bon côté" sur le passé, cette fameuse "clairvoyance a posteriori" comme l'appelait si justement Raskolnikov ici.

 

On ne boudera donc qu'à moitié son plaisir, Weir nous donne quand même ce qui est de fait un huis-clos maritime un peu rude, avec ses diverses beauferies, beuveries telles que dans n'importe quel endroit confiné rempli d'anglo-saxons, et autres soucis d'autorité ainsi que de classes (il avait déjà filmé la tension entre deux groupes sociaux dans cette autre histoire d'eau qu'était Le Plombier), mais aussi d'honneur et de camaraderie. Nous apprendrons néanmoins que l'anglois perfide opte in fine pour la dissimulation et la tromperie afin d'avoir le dessus ; triste victoire, Russell, cependant le film a l'air assez satisfait de toi...

 

C'est un petit film d'aventure classique à l'ancienne, genre en berne à l'heure des oxymoriques super-héros du tertiaire new-yorkais ou autre science-fictionnerie Apple. C'est un peu longuet, anglo-cocardier, avec quelques facilités scénaristiques, course-poursuite sur mer oblige, mais voilà qui change un peu et divertit tout juste.

Par B.
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Samedi 5 juillet 2014 6 05 /07 /Juil /2014 12:54

http://cdn.trendhunterstatic.com/thumbs/retro-future-space-illustrations-visions-of-the-future-from-the-past.jpeg

 

De Wally Pfister (2014, Etats-Unis)

 

Le défaut fondamental des films de science-fiction, c'est qu'ils arrivent toujours trop tard. Paradoxal, de donner à voir le passé, alors qu'il s'agit de présenter le futur. C'est que le genre repose avant tout sur la réflexivité, l'exploration d'une idée et de ses conséquences, et qu'il est donc idéalement servi par la littérature, qui dispose de tout l'espace nécessaire. Ses auteurs bénéficient très souvent d'une formation scientifique, ce qui leur permet de suivre et d'anticiper l'évolution des sciences et techniques, terreau de nouvelles histoires. Le scénariste moyen d'Hollywood est lui dépourvu d'un tel bagage, et incapable d'élaborer un récit doté d'un minimum de cohérence - alors que le genre demande une logique rigoureuse. Quant au film, il faut aller vite, ne pas faire dans le détail. Aussi ne voit-on jamais de film de science-fiction qui développe une idée originale : celle-ci aura déjà été exploitée jusqu'à la moelle, dans tous ses possibles, par le roman, depuis plusieurs années voire dizaines d'années.

 

Il existe pour le cinéma deux façons de s'en sortir. Soit l'on met l'accent sur l'univers (Star Wars), l'esthétique (Blade Runner), l'ambiance (en général couplé à de l'horreur - The Thing, Alien). Soit l'idée science-fictive est un simple prétexte, et c'est la narration qui prime (Spielberg). Le cinéaste peu intelligent s'en tient à l'idée. Il en reste donc au point de départ, et se retrouve à faire du surplace, trop fier de sa trouvaille qui n'en est plus une depuis belle lurette.

 

Wally Pfister est de ceux-là. Normal, c'est le directeur de la photo habituel de Christopher Nolan, également producteur de la chose, et ça a déteint. Nolan, c'est le sérieux papal du petit malin qui croit faire du Bergman dans les blockbusters, c'est le primat de l'intrigue, et au final, l'incapacité à faire naître la moindre émotion, à faire vivre des personnages de chair et de sang. Or donc, croyant avoir inventé l'eau chaude, les voici qui s'emparent du concept de singularité, c'est-à-dire d'un saut technologique qui permettrait à une intelligence artificielle de prendre conscience d'elle-même et de devenir surpuissante - Skynet, l'IA de Terminator, est une singularité. Scarlett Johansson, dans Her, aussi. Transcendance, c'est une sorte de remake de ce dernier, mais avec des pétoires. Mais quand l'idée fut venue, Wally se trouva fort dépourvu.

 

Car une fois posé que Johnny Depp se réincarne en intelligence artificielle et qu'il est capable de dominer le monde, qu'a-t-on à nous offrir ? Très vite, le film s'enferme dans un rythme de maison de retraite, parce que l'histoire est au service d'une leçon de morale, voix-off à l'appui, et pas l'inverse. Les bonnes intentions, c'est gentil, mais il faut pas se prendre pour Dieu, et si nous en revenions à un âge pré-technologique ? Ce genre de laïus est le deuxième écueil de la science-fiction, cinéma et littérature confondus. Tout étant aplati par le point de vue moral, il n'existe plus de contradiction, plus d'antagoniste, et donc plus d'enjeu. Les personnages sont interchangeables, Paul Bettany, Cillian Murphy et Morgan Freeman occupant strictement la même fonction dans le récit (il n'en a pas marre, le Morgan, de jouer toujours le vieux sage à barbiche?). Tout le monde se range du côté de la terroriste, mais sans se poser de question. Personne ne cherche à tirer parti des inventions révolutionnaires de Johnny Depp, personne ne se fait l'avocat du diable, et l'armée envoie trois soldats pour défaire une intelligence artificielle qui cherche à conquérir le monde... Et pour ce qui est de l'intrigue sentimentale, on préférera encore le film de Jonze, malgré ses défauts, à cette nunucherie au questionnement rebattu.

 

Ah, et puis le coup de la conférence PowerPoint, avec des images d'équations et d'espace intersidéral, pour montrer qu'attention, là, on ne rigole plus, on résout les énigmes de l'univers, Môssieu, c'est irrésistible !

 

Alors certes, c'est correctement réalisé, monté, malgré certains ralentis inutiles et de mauvais goût. C'est surtout terriblement impersonnel. C'est le troisième défaut de la science-fiction au cinéma : très majoritairement, on retrouve cette esthétique hygiéniste, terriblement lisse et terne, qui témoigne d'une conception naïve de l'évolution technologique, comme si celle-ci allait nous nettoyer de notre impureté. Le cinéma de la seule idée aboutit à un monde abstrait, figé, asexué. La transcendance, c'est bien la négation du corps. Or le corps, ce sont les sens, et les sens, c'est l'art, et le cinéma, c'est l'art. Une petite dose de cinéma dans mon film ne serait pas de refus. S'il vous plaît.


Raskolnikov36

Par B.
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Mardi 17 juin 2014 2 17 /06 /Juin /2014 21:36

 

Dialogues Avec Soljenitsyne, Alexandr Sokurov

Par B. - Publié dans : Citations
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