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Vendredi 24 mai 2013 5 24 /05 /Mai /2013 12:50

 

De Don Coscarelli (2012, Etats-Unis)

 

Coscarelli avait fait Bubba Ho-Tep, qui tout en étant "délirant", pouvait être vu comme un film assez sérieux, mais original dans sa conception, sur la fin de vie et le déperissement. John Dies At the End, quant à lui, est du "film de drogué" kafkaïo-lovecrafto-n'importe-quoi-esque, rappelant à la fois la décennie d'où provient le réalisateur, soit les années fin 70/80, avec son surcôté et chiant Phantasm, ou le bon Elmer de Frank Henenlotter, et une époque plus récente où l'on pense à Las Vegas Parano, Le Festin Nu ou encore le pénible Southland Tales, néo-films existentialo-apocalyptiques de camés surfaits auxquels je reste plus ou moins hermétique... n’ayant de surcroît jamais connu “d’hallu’” (comme dit le consommateur begbedo-hédoniste), ni aimé la "philosophie" de Sartre.

 

Cela dit, je reste attaché à Elmer/Brain Damage, car il y avait dans cette bisserie un certain sens du tragique malgré le second degré, et que le film était marqué par sa décennie non-numérique... ce genre de production fauchée était tout à fait adaptée à un format un peu dégueulasse, un peu puant sur les bords.

 

Requiem For a Dream n’était quant à lui qu’un long clip mélodramatique complaisant (comme toujours chez ce gros arnaqueur de Nanarofsky’, voir ici et ), qui avait l’avantage de contenir une Jennifer Connelly alors encore magnifique ainsi qu’un joli thème musical qui ferait le bonheur de tous les contractuels journalistes de télévision et concepteurs de bande-annonces par la suite (d’ailleurs tout le monde se souvient davantage de la musique et du “CUL À CUL ! CUL À CUL !” que d’autre chose).

Je garde sinon le très mineur et halluciné Spun, bien que marqué par le clippardisme dégénéré MTV lui aussi.


Et il ne faut pas oublier DUMBO ! Walt ayant réalisé sa grosse séquence éthylo-psychédélique dés 1941, mais sans non plus l’étendre sur plus d’une heure par petit-malinisme nihilisant tel que dans les films hipsters sus-cités, ce qui la rendit d’autant plus mémorable :

 



Les années 80, tournant ultra-libéral de l’Occident post-industriel (suivant le tournant libertaire de la décennie précédente bien sûr) ne pouvaient que déboucher sur tous ces films urbains un peu dépressifs et crados (à l’instar du vitement nommé “post punk” en musique), je pense aussi au poussif et provoc' Street Trash (que le réalisateur Jim Muro a depuis renié)... De nos jours, à l'ère du tout numérique, rien n’a changé, tout est même pire en réalité, sur tous les points, MAIS nous en sommes au gadgetisme de semi-luxe, de la surface lisse (comme la “pensée”) et chirurgicale du rutilant téléphone-suisse tactile post-Game Boy, et celle de l’image Haute Définition, donc. C’est d’ailleurs encore le plaisir qu’on peut avoir dans certains pays étrangers que d’assister à des projections avec la bonne vieille image un peu branlante, les changements de pellicule et le grain ! bref de la chaleur qui faisait de surcroît les épaules solides de nos valeureux projectionnistes d’hier, aujourd’hui pousseurs de boutons et guichetières le reste du temps (encore un métier masculin et artisanal en voie de disparition au profit de la froide technophilie informatique... merci Navatar !). Je ne vois sinon que le mystique David Lynch, qui dans son Inland Empire hélas trois fois trop long, avait réussi à faire du beau avec la profonde stérilité numérique enfin un peu transcendée.

 

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Et c’est tout le soucis de ce John Dies at the End. Même si Coscarelli, justement, a tenu à faire encore quelques saloperies amusantes en dur dans son film, il cède aussi à la synthèse, les fonds verts et l’image numérique propre. Je pense à la fin, où la mise en scène se résume à un long enchaînement de gros plans ou plans rapprochés dignes d’un fanfilm Star Wars (et encore ! au moins dans les fanfilms Star Wars, on se contente parfois de la forêt du coin), histoire de cacher la misère synthétique, en vain, plutôt que d’en assumer la laideur et l’exploiter.

 

Ne reste à supporter que la tête à claque de l’acteur principal fadasse, alors que s’enchaînent des scénettes pseudo absurdes assez fainéantes, mais où le Coscarelli tente assez complaisemment de choquer le bourgeois, tout en “trashisant” bien mollement... rien que de très ordinaire aujourd’hui. Ce n’est pas parce qu’un film est grotesque et débile qu’il est nécessairement bon, il s’agit juste d’un produit destiné aux festivaliers “souterrains” qui le sont hélas de moins en moins, et autres visionnages en groupe (qui plus est passablement drogué et saoulé), du cul-cultisme dans toute sa splendeur.... J'avais lu je ne sais plus où qu'il s'agissait d'une espèce de "Hé Mec !  elle est où ma caisse ?!" pour hipsters, ce qui n'est pas faux, de la comédie "stoner" comme l'on dit laidement, mais suffisamment et snobinardement surréaliste pour avoir son petit supplément de street cred' arty. On est au final bien en peine à suivre d’une traite ce film faussement baroque et peu drôle. Revoyez plutôt Dumbo.


Par B. - Publié dans : Réflexions
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Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 12:37

Par le mec qui a fait le remake de Tron (2013, Etats-unis)

 

Nous sommes en 2077, la guerre a apparemment eu lieu avec les aliens et non la finance, l'homme a gagné, mais l'éco-système pas trop, ce qui nous oblige à vivre dans l'espace semble-t-il, sinon dans des lofts surrelevés à plusieurs kilomètres de hauteur, comme c'est le cas de Tom Cruise, dont l'emploi consiste à réparer les drones qui surveillent les pompes à eau de mer servant à notre espèce, drones qui suppriment de temps à autres les quelques foyers de résistance des aliens subsistant sur Terre... notamment les troupes d'un Morgan Freeman ridicule arborant une combi' à charmante petite cape déchirée  fraîchement sorti du département costumes, et de la petite copine australienne de Tarantino aussi moche que lui, ce qui mérite en effet toute la rigueur des drones patrouilleurs post-Obama.

 

En réalité, ce n'est pas tant de la SF qu'un film de couple, puisqu'il s'avère que Tom s'ennuie gentiment avec sa rousse secrétaire froidasse dans son space-loft ikéa ultra stérile et vide de petits cadres du Futur (bref telle n'importe quelle habitation dite moderne) et remplie de technologies encore plus tactiles que dans les années 2010, carriériste, adhérant aux impératifs lourdingues de leur chef qui leur demande sans cesse, avec une fausse proximité perfide toute militairement manadjeuriale, si leur couple "forme une bonne équipe", et qui tente de juguler les excès de curiosité et d'échappée solitaire de son mari en le tenant par les couilles via du sexe sous-marin dans une piscine transparente, sur des airs d'un groupe français reprenant hipsterment les synthétiseurs lyriques des années 80. La morale, c'est qu'il n'y a rien de mieux qu'un coin de forêt, à écouter un bon vieux vinyle de Led Zeppelin dans sa Base Autonome Durable au bord d'un lac, en compagnie d'une bonasse ukrainienne mono-expressive mais pas trop chiante comme unique et suffisant gadget tactile.

 

La petite salariée et ménagère du Futur, s'il y en a un, pourra télé-tapoter-travailler chez elle ainsi que programmer la friteuse tout en faisant des records sur Angry Birds grâce à une "tablette" géante qui fera son bonheur comme celui de ses ancêtres.

http://1.bp.blogspot.com/-nCgIyyWUrn0/UXIHOQqx_dI/AAAAAAAADVY/BkX0GwdO1gw/s1600/2.jpg Ça me rappelle d'ailleurs une ancienne bannière... Ou de la bureautique comme accompagnement de la féminisation salariale.


Brassant/pillant superficiellement La Planète des Singes, Independance Day, 2001, Moon, le flash-backisme romantico-péteux du Solaris de Soderberg (on ira pas jusqu'à dire La Jetée de Marker), ou encore du jeu post-apo' tel les Fallout, avec des plans très laids (en moto) qui me donnaient envie de changer les textures graphiques, Oblivion ne convaincra jamais vraiment, en ce qu'il n'est qu'un produit en réalité très calibré, se devant d'intégrer ici et là des séquences d'action sans saveur démontrant toujours un peu plus l'écart entre Hollywood et les jeux, ainsi que d'autres épouvantablement kitschissimes de bravoure clichetonneuse et autre révélation attendue, le tout sur une évidemment pénible musique ressemblant à du Zimmer (sic).

 

 

En revanche ce feu d'artifice de douchebaguerie bien huileuse qu'est la bande-annonce de Fast & Furious 6 made in Taïwan et qui va sûrement créer le chaos dans les salles tel un bon gros et gras Paranormal Activity, avait l'air vaguement plus tentant, à vérifier...

 


Par B.
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Jeudi 4 avril 2013 4 04 /04 /Avr /2013 11:22

 

De Alexandr Sokourov (2011, Russie)

 

Le film démarre dans les cieux avec un miroir rappelant celui de la toile d'Altdorfer ci-dessus, qui reflète les nuages alentours, et un voile qui chute grâcieusement d'icelui jusque notre Terre perturbée... où nous débuterons sur un gros plan de fascinus qui ne fascine plus tellement puisqu'il est nécrosé. C'est celui d'un cadavre dans les entrailles duquel le contrarié Faust, scientifique insomniaque, tente de repérer, tout à fait concrètement et biologiquement, où peut bien s'être logée la fameuse âme... en vain, extrayant en revanche d'interminables tripes très localisables, elles.

 

 


Alors qu'il va voir son père, apparamment ce qui peut se rapprocher le plus d'un médecin pour l'époque, et que ce dernier et lui se retrouvent penchés sur l'entrejambe d'une femme qui semble avoir quelque chose de coincé dans son antre d'amour, le père, spéculum à la main, lui dit que l'on peut très bien faire sans âme dans la vie, ce qui ne satisfait pas le fils cogitant, avant de finir la séquence contre la chaude cuisse féminine dont il a l'air de s'être contenté comme unique horizon hédonistique, "origine du monde" bien suffisante, laissant partir son fils sans le sou et affamé en lui disant qu'il ne pourra lui apporter ni argent ni sens à sa vie.




La nourriture de l'esprit n'étant pas non plus suffisante pour l'estomac, Faust se retrouve dans le cabinet étrange d'un prêteur sur gage et usurier, s'avérant être ni plus ni moins que cette vieille ganache de satan, et qui va alors balader notre "héros" pré-moderne jusque dans une espèce de lavoir public où s'ébrouent là d'autres femelles désirables et laborieuses, dont une petite blonde pieuse et virginale qui va malgré tout le faire sombrer, humain, trop humain, au point de vendre son âme pour en approcher enfin la peau et rien que la peau.



Le film est très lent, je l'ai vu en deux fois, Sokourov nous inonde littéralement de dialogues, questionnements existentiels interminables de Faust entrelacés avec les réponses du diable qui joue avec lui (et "fait le Malin", quoi), mais son esthétique et son ambiance sont une expérience sublime, pour peu qu'on s'accroche, jusqu'à un final jouissif dans des décors fantastiques mais bien réels. Soku a recours à de légères touches de numérique pour quelques plans aériens en début et fin de métrage, et tout comme dans Le Soleil et ses poissons volants bombardiers, c'est très réussi. Un film, une oeuvre digne de ce nom, ne devrait pas viser plus bas que ce Faust et ses thématiques (et pourtant Sokourov n'estime pas que le cinéma soit un art, comme quoi...).




Le satan existe, grotesque, reptilien (il désigne même le serpent de la Genèse comme son ancêtre), mais pas son opposé, Dieu semble être déjà mort. Il est d'ailleurs copain comme cochon avec le prêtre, et profane tous les signes chrétiens qu'il croise telles certaines hystériques féministes subventionnées de nos jours, et si la vierge est encore pieuse, c'est bien parce que sa pénible mère l'y contraint sans lui donner le choix.

La vie est suffocante, claustrophobique, Faust et son quasi double semblent aimantés l'un à l'autre, tout est vicié, et ce jusque dans le confessional où une patte insectoïde discrètement anti-spectaculaire et dégueulasse, que notre oeil repère en retard (ce qui est sublimement terrifiant), vient y effleurer la vierge que notre Faust a entrepris. Tous les éléments de "fantastique" sont très discrets, ou terrestres, tout est davantage dans la perversion (cf. dont celle du plan, "de travers" sokurovien), l'ambiance, que dans la grossière monstration. À noter que certains plans sont d'une beauté absolue, et font penser à une picturalité romantique à la Caspar Friedrich :






S'il n'y a plus de dieu, c'est que les hommes de la modernité vont tenter de prendre sa place, Sokourov a peut-être bien écouté Soljenitsyne qu'il filma lors d'un long entretien passionnant (cf. Dialogues avec Soljenitsyne, visible en ligne). C'est bien sûr ce qu'il montra aussi dans ses trois épisodes précédents via les figures de Hitler, de Lénine et de Hirohito, ces hommes suivant l'ère industrielle et nietzschéenne ayant préludé à leur siècle, se croyant surhomme ou dieux (Hirohito dans l'excellent Le Soleil renonçant à sa nature de pseudo Dieu vivant). Ici, Faust est le préambule de ces dictateurs, en ce qu'il finira par se débarasser de l'antéchrist, ne restant plus que lui-même, homme "par-delà le bien et le mal", face au vaste monde froid et désolé qui s'étend devant lui. Nouvel homme remplaçant Dieu, tel Wagner, l'assistant de Faust (qui fait l'erreur de déifier son maître qu'il se verrait du coup bien remplacer !), exposant à la vierge un homoncule monstrueux qu'il a créé lui-même en laboratoire, résultat de la science qui s'apprête à devenir excessivement toute-puissante elle-aussi...

 

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« L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. »

Soljenitsyne

 

Par B.
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Jeudi 28 mars 2013 4 28 /03 /Mars /2013 10:08

De Benoît Jacquot (2012, France)

 

Morceau d'un très subtil pamphlet de 1791, préfigurant les héritiers des Lumières tels que Cauet et Clara Morgane, intitulé "Les Fureurs utérines de Marie-Antoinette" :

 

Fureurs utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI . La mère en proscrira la lecture à sa fille
 La mère en proscrira la lecture à sa fille
Source: gallica.bnf.fr

Du point de vue du spectateur d'en bas, il semblerait que certains membres de la haute intermittence germanopratine (quand elle n'est pas new-yorkaise ou londonienne), profitant des moyens qui leur sont alloués, en viennent à mettre en scène leur propre délire de nouveaux riches, en singeant les aristocrates d'antan qu'ils se croient être désormais (la mondaine et emparfumée Keira Knightley est devenue coutumière de la chose), et tout en pensant que la plèbe sera intéressée et paiera même de ses deniers toujours un peu plus maigres pour assister à leurs jeux de rôle post-Sissi et autres coucheries royalo-feuilletonnesques. Typiquement, nous en eûmes un bon exemple avec la Coppola fille de', qui nous gratifia de son délire identificatoire via sa Marie-Antoinette hipsterisée.

 

Ci-dessous en effet, Louis XVI version bobo new-yorkais (cousin de la réalisatrice) tente de draguer sa Reine américano-germanique, fille de cadre et de galieriste, en lui faisant écouter sans doute quelque chose de très foufou et d'indy à souhait.


 

 

Adaptation d'un roman d'un auteur féminin traitant de la fin de Toinette vue par sa lectrice gueuse (Léa Seydoux), le film se laisse regarder de deux demi-yeux comme l'on feuillette un magazine tout aussi féminin en salle d'attente, car l'on sait qu'on y dénichera quelque bandelant crépion ici et là dans l'humilité du publi-journalisme au moins assumé... comme ici, car le roman tout comme Jacquot mettent l'accent sur un peu de cucul feuilletonesque pour passionner la ménagère, à savoir la supposée relation saphique () entre la Reine (Diane Kruger et son exotique accent teuton bienvenu) et je ne sais plus quelle duchesse en tout cas jouée par la s(u)perbissime Virginie Ledoyen, ce qui nous permettra de constater, suite à un grâcieux levé/dégagé de couverture pendant un sommeil naturiste, que cette dernière, approchant pourtant gentiment de la quarantaine, a plus que bien entretenu son outil de travail...

 

Mais mes goûts se dirigeraient plutôt vers la Seydoux (du moins dans ce film), ses yeux bleutés divins et ses sublimes dents du bonheur (!), ce petit grain de beauté parfaitement centré au dessous de la lèvre inférieure généreuse (!) invitant d'autant plus au pêché, avec un jeu mono-expressif de froidasse parisienne et sa légère voix de clopeuse comme on les aime (encore dix ans de nicotine studieuse pour atteindre celle de Virginie), en tout cas bien adaptés à cette servante versaillaise un peu stricte et coinçosse, ce qui n'empêchera pas le Jacquot de lui faire dévoiler ses mamelles à elle aussi (suivi d'un regard presque concupiscent de la Reine... une "Nouvelle icône gay ?" s'interroge du coup la section People du très intellectuelles Plurielles.fr, bientôt on nous fera de Jeanne d'Arc une lesbienne refoulée, et du Mont-Saint-Michel l'ancêtre de la Fistinière, vous verrez... on n'arrête pas le progay, surtout quand plus rien ne va du côté du concret économique et social).

 

 

  "La Bas-tille et ses sept péquenots ?... pfff mais juste j'hallu' trop quoi."

 

Il est assez évident que le tout fonctionne un peu comme le Titanic de Cameron (1h30 et la synthèse en moins, avec Léa à la place de l'iceberg), soit tenter de nous faire passer la panique d'un naufrage annoncé avec le brassage de deux classes sociales, en donnant une vague impression anxiogène de déroulement en direct, et le tout renforcé par beaucoup de musique de sauvetage. En tout cas, avec ses trois bonasses aristo-wanabee pour les garçons, de l'histérotico-cuculte inconséquent pour les filles et touristes, et une photographie étonnamment appliquée et classieuse, ça se laisse regarder, mais c'est donc d'une grande superficialité.

 

 

Et sept ans après :

http://image.toutlecine.com/photos/p/r/i/prix-a-payer-2007-15-g.jpg


Par B.
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Mercredi 20 mars 2013 3 20 /03 /Mars /2013 17:22

 

« Toute ma vie, j’ai entendu dire que le rock and roll était né du gospel, mais ce n’est qu’avec ce film que je l’ai vraiment compris… Nous sommes remontés aux origines et avons redécouvert certains des grands gospels, des groupes comme les Soul Stirrers, Bill Landford and the Landfordaires, Blind Willie Johnson, Claude Jeter et les Swan Silvertones… »


T-Bone Burnett, producteur-mixeur exécutif de la bande-sonore.
 


De même que pour O'Brother et son excellente bande-sonore à succès, je ne suis personnellement pas contre lorsque les Coen mettent un peu en sourdine leur côté grinçant de petits anxieux existentialistes ou méprisants, pour s'intéresser au folklore de leur pays ; Armond White écrit même : "au-delà de leur élégant sarcasme hipster" (cependant à propos du très mauvais True Grit), d'où le mépris pour ce Coen-là en général, car perçu comme sans doute pas assez nihiliste-chic ni second degré, trop burlesque (je précise que j'apprécie tout autant No Country For Old Men). C'est parfois très bien éclairé, cadré et rythmé, telle la tentative du Général et le dentier, assez cartoonesque.

 

Le concept de ce Coen est tout entier symbolisé dans sa magnifique bande-sonore mixant parfois religieux populaire et rap, il s'agit "d'investir" un fond mainstream.

 

Tom Hanks en dandy universitaire sudiste à l'extraordinaire prothèse dentaire (qui rappelle bien sûr celle d'Alec Guiness dans le film britannique d'origine), est hilarant, notamment lorsqu'il tente, en pur universitaire qu'il est justement, d'enfumer son monde à l'aide de sa pédanterie jargonneuse et latinisante, et qui ne peut que se heurter à la simplicité quasi désespérante de la certes bigote mama du Mississipi, mais sincère et sans faux-semblant. Il récite du Poe, et est livresquement cultivé, mais tout cela ne sert in fine que sa félonie et son appât du gain.



Autre opposition plus qu'amusante, c'est celle entre le noir "hip hop", genre gangsta racaille, embauché par Hanks, et la mama bigote, deux générations de la communauté afro-américaine que s'amusent à mettre en opposition les Coen, de même que le génial Sam Cooke côtoie ici du rap. On voit bien toute la vacuité de ce jeune, qui n'a que le mot "nigga" à la bouche, ce qui ne l'empêchera pourtant pas de chouiner hypocritement au "racisme", par quasi réflexe, dés lors qu'il sera viré pour s'être mal comporté avec la clientèle du casino (et alors que tous ses autres collègues sont noirs).

Ça va faire cliché, mais la musique est un personnage à part entière (et d'ailleurs lorsque je dis platiniste, soit DJ, on entend littéralement un scratch à un moment, entre un morceau de rap et un gospel). Elle est peut-être même ici le canal de Dieu, c'est un doux gospel de Sam Cooke, quasi berceuse, qui va faire se rappeler son enfance tumultueuse au jeune noir alors qu'il s'apprête à tenter de tuer son aînée, les deux sont aussi reliés musicalement, rythmiquement, lorsque le délit au casino est en cours. Notons que les bandits prétextent jouer de la musique Sacrée de la Renaissance dans le sous-sol de la femme (en réalité juste un CD pendant qu'ils creusent jusqu'au coffre-fort), et qu'à cette occasion la bande-sonore mixe instruments traditionnels à un gospel, puis qui enchaîne sur du rap alors qu'ils se retrouvent sur le pont pour disposer des sacs de terre dans ce fameux bateau-poubelle menant à l'île dépotoire. Une île qui revêt une dimension mythologique, et sur laquelle finiront chacun de nos bandits après un coup de pouce d'une justice divine toute vétérotestamentaire (un Ancien Testament évidemment cher aux Coen, nous aurons même un petit rappel par le pasteur baptiste de l'Exode et des Israélites punis d'avoir adoré le Veau d'or). Quand le détonateur se remet à fonctionner, le chant gospel reprend, lorsque l'inspecteur, soit la Justice, frappe à la porte alors que Hanks s'emporte poétiquement illustré par un piano, ce dernier est brutalement coupé et Sam Cooke se refait entendre aussitôt, etc...

 

On pourrait presque renommer ce film "A Country for Old Women", car contrairement à un Tommy Lee Jones qui doute, ce qui l'affaiblira jusqu'au renoncement, et certes confronté au mal absolu, notre héroïne ici sera sauvée de par son absence totale de doute, et sa ferveur ne lui faisant rater aucun office louant le Ciel en musique (notons qu'en dernière instance, le rabbin de A Serious Man semblait lui aussi recommander le Salut par la musique).

 



Par B.
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Jeudi 14 mars 2013 4 14 /03 /Mars /2013 18:40

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"Je me demande (si nous survivons à cette guerre) s'il y aura une place, même douloureuse, préparée pour les vieux réactionnaires de mon espèce (et de la tienne). Un petit nombre obtient la plus grosse part et le monde se contente de la plus terne ou la plus insipide. Il est en train de devenir une petite banlieue provinciale ravagée. Quand ils auront mis en place l'assainissement américain, la décadence morale, le féminisme et l'industrie de masses à travers tout le Proche-Orient, le Moyen-Orient, l'Extrême-Orient, l'URSS,[...], le Tibet, et les villages les plus reculés du Berkshire, comme nous allons être heureux. On aura plus qu'à annuler tous nos voyages. Il y aura nulle part où aller. Donc, j'imagine, les gens y iront encore plus vite.

 

Knox dit qu'un huitième de la population mondiale parle « anglais », et qu'il s'agit du plus grand groupe linguistique. Si cela est vrai, j'en dis que c'est parfaitement honteux. Puisse la malédiction de Babel frapper tous les palais de tous ces gens, et qu'ils ne puissent plus qu’ânonner «baa baa». Cela reviendra au même. Je pense que je vais me refuser à parler autre chose que le Vieux Mercien [NdT : vieille langue anglo-saxonne du Haut Moyen-Âge]."

 

 

Extrait d'une lettre de Tolkien à son fils Christopher

 

 

 

 

"J’ai naguère – si incroyable que cela puisse paraître – entendu un clerc d’Oxford déclarer qu’il accueillait « avec plaisir » la proximité des usines automatiques de production massives et le grondement de la circulation mécanique embouteillée parce qu’ils mettaient son université « en contact avec la vie réelle ». Peut-être entendait-il par là que la façon de vivre et de travailler des hommes au XXe siècle croissait en barbarie à une allure alarmante et que la bruyante démonstration de ce fait dans les rues d’Oxford pouvait servir d’avertissement à l’impossibilité de préserver longtemps une oasis de santé d’esprit dans un désert de déraison par le seul moyen de clôtures, sans véritable action offensive (pratique et intellectuelle). Mais je crains bien que non. En tout cas, l’expression « vie réelle » dans ce contexte semble ne pas répondre aux normes académiques. L’idée que les automobiles sont plus « vivantes » que, mettons, les centaures ou les dragons est curieuse ; qu’elles soient plus « réelles » que, disons, les chevaux est pathétiquement absurde. Qu’une cheminée d’usine est donc réelle, qu’elle est étonnamment vivante en comparaison d’un orme : cette pauvre chose désuète, ce rêve immatériel d’un maniaque de l’évasion !

Pour ma part, je ne puis me convaincre que le toit de la gare de Bletchley soit plus « réel » que les nuages. Et, comme chose ouvrée, je le trouve moins inspirant que le légendaire dôme des deux. La passerelle menant au quai 4 est pour moi moins intéressante que Bifröst gardé par Heimdall avec le Gjallarhorn. Dans l’extravagance de mon cœur, je ne puis m’empêcher de me demander si les ingénieurs des chemins de fer, élevés avec plus de fantaisie, n’auraient pu faire mieux avec l’abondance de leurs moyens qu’ils ne le font d’ordinaire. Les contes de fées seraient peut-être, à mon avis, de meilleurs Maîtres ès arts que l’universitaire auquel j’ai fait allusion.

 

Une bonne part de ce que lui (je dois le supposer) et d’autres (certainement) appelleraient la littérature « sérieuse » n’est rien d’autre qu’un jeu sous une verrière au bord d’une piscine municipale. Les contes de fées peuvent inventer des monstres qui volent dans l’air ou résident dans les profondeurs, du moins ne cherchent-ils pas à s’évader du ciel ou de la mer.


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Et si nous abandonnons un moment la « fantaisie », je ne pense pas que le lecteur ou le créateur de contes de fées doive même avoir honte de l’« évasion » de l’archaïsme : de préférer non les dragons, mais les chevaux, les châteaux, les voiliers, les arcs et les flèches ; non seulement les elfes, mais les chevaliers, les rois et les prêtres. Car il est possible après tout pour un homme raisonnable d’arriver après réflexion (dépourvue de tout rapport avec le conte de fées ou le roman) à la condamnation, implicite du moins dans le silence de la littérature « d’évasion », des choses progressives telles que les usines, les mitrailleuses et les bombes qui paraissent être leurs produits les plus naturels et inévitables, « inexorables », oserions-nous dire.

 

« L’âpreté et la laideur de la vie moderne en Europe » – cette vie réelle dont nous devrions accueillir le contact avec plaisir – « est le signe d’une infériorité biologique, d’une réaction insuffisante ou fausse à l’environnement. » Le château le plus abracadabrant qui sortit jamais du sac d’un géant dans un fantasque conte gaélique n’est pas seulement beaucoup moins laid qu’une usine automatique, il est aussi (pour employer une expression tout à fait moderne) « dans un sens très authentique » beaucoup plus vrai. Pourquoi n’échapperions-nous pas à « la sinistre » absurdité « assyrienne » des chapeaux hauts-de-forme ou à l’horreur morlockienne des usines ou ne les condamnerions-nous pas ? Elles le sont même par les auteurs de la forme de littérature qui permet le plus l’évasion : les romans de « science-fiction ». Ces prophètes prédisent souvent (et beaucoup paraissent soupirer après) un monde semblable à une immense gare sous verrière. Mais, en règle générale, il est très difficile de découvrir chez eux ce que les habitants d’une telle ville mondiale feront. Ils abandonneront peut-être la « panoplie victorienne complète » en faveur de vêtements lâches (avec des fermetures-éclair), mais ils se serviront principalement de leur liberté, à ce qu’il semble, pour s’amuser avec des jouets mécaniques au jeu rapidement lassant de se déplacer à grande vitesse. À en juger d’après certaines de ces histoires, ils seront encore aussi sensuels, vindicatifs et avides que jamais ; et les idéaux de leurs idéalistes ne dépassent guère la splendide idée de construire davantage de villes du même genre sur d’autres planètes. C’est en vérité un âge de « moyens accrus à des fins avilies ». C’est une partie de la maladie essentielle de pareille époque – produire le désir d’évasion, non pas certes de la vie, mais de notre temps présent et de la misère qu’il engendre lui-même – que nous ayons une conscience aiguë tant de la laideur que de la nocivité de nos œuvres. De sorte que, pour nous, le mal et la laideur semblent indissolublement alliés. Nous trouvons difficile de concevoir le mal et la beauté ensemble. La crainte de la belle fée, qui régnait au cours des époques passées, échappe presque à notre compréhension. Et ce qui est encore beaucoup plus alarmant : la bonté est elle-même dépossédée de sa beauté propre."

 

Faëria, Tolkien


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Par B. - Publié dans : Citations
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Vendredi 1 mars 2013 5 01 /03 /Mars /2013 14:12

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Je n'ai pas pour coutume de célébrer la nullité, j'avais parlé des scato-cinéphiles festivaliers, des nanardeux etc, je n'aime pas ça... Mais alors là... je suis... sans voix. Cette dernière partie de la saga est a-hu-ri-ssante. Je crois qu'on a atteint un niveau quasi cosmique dans le ratage, à tel point que je fus scotché d'un bout à l'autre, et même en fait gêné pour le film comme on peut l'être devant quelqu'un qui se foire. À peine une horreur avait surgi, qu'une autre énorme faute de goût suivait, PAS UNE SEULE MINUTE de répit n'est laissée au spectateur, à tel point que c'en devenait fascinant malgré tout (cf. quasi pédophilie du métis sur le nouveau-né à défaut d'avoir pu se faire la mère, bébé en image de synthèse pendant une bonne partie du film, des vampires du monde entier tous plus racialement clichetonneux les uns que les autres, un combat de fin qui en réalité n'a pas lieu, soulignant en fait toute la symbolique vacuité et la roublardise de tout ça, etc...) ! En comparaison, l'histoire navrante de la grossesse mortifère du précédent épisode semblait être une promenade de santé.


Et c'est bien entendu un véritable et regrettable gâchis, car enfin cette histoire, qui est intégralement féminine du point de vue du fond (rappelons-le pour la police politique libertaire et féministe), avait le mérite de vouloir aborder la naissance du désir d'une façon plus intime et non complaisamment pornographique que partout ailleurs, dans un romantisme torturé se référant davantage à Shakespeare et au roman gothique (Armond White y voit même du Charlotte Brontë), via notamment ses paysages désolés, plus littéraire et personnel que la potacherie et la grossièreté télévisuelle à la Gossip Girl, ou que le petit-malinisme hipster et libertaro-communautariste HBO, certes.

 

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C'est... incroyable. Tant et tellement que je me surpris à rire aux éclats comme rarement, sans doute nerveusement, quand le pauvre Charlie, le père de Kristen tout à fait largué, que je disais être le personnage le plus attachant, semblait tout aussi décontenancé que le spectateur lorsqu'il demande à sa fille, dans une grimace de souffrance que nous partageons avec lui, si elle au moins ne se transforme pas en animal, après que le métis indien lui ait révélé sa nature de loup-garou. J'ai toujours aimé penser que la saga Twilight, c'était en fait une sorte de blague faite aux dépens de Charlie, justement, et voici d'ailleurs une belle affiche (le traitement de son personnage dans ce dernier épisode, par dessus la jambe, expédié en début de film parce qu'il fallait bien, fait partie des nombreuses choses honteuses de Breaking Dawn 2) :

 

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Il me semble que le tout premier film est le "meilleur", même si ma séquence préférée restera toujours cette petite minute, où notre pauvre Charlie s'essaie bien péniblement à jouer le père moderne, soit concerné par le bon fonctionnement sexuel de sa fille (quelle horreur ! à l'intrusion parentale traditionnaliste, flic et tartuffe, succède l'intrusion parentale moderniste, sexologique et pseudo amicale) en lui demandant si son vampire et elle prennent leurs précautions, et qu'elle lui répond qu'il n'a pas de soucis à se faire car Edouard est "old school" et qu'elle est donc encore vierge (du moins dans ce troisième épisode).

 

Par B.
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