De Jim Jarmusch (1999, Etats-Unis)
Bon, ça va aller vite, contrairement au film en question... Et pour l'occasion, je ne puis m'empêcher de ré-utiliser ma photo, ayant certes déjà servie pour un autre des innombrables et soporifiques nanarmusch (heureusement que je m'ai).
Ainsi donc le prince des hipsters avant l'heure, Jar-jarmusch se décide de revisiter Melville, tout en y intégrant son petit plus à lui, à savoir ? Hé bien le samouraï récite des paragraphes du Hagakure qui apparaissent à l'écran (tous plus poétiquement creux les uns que les autres - et encore plus en anglais -, ou alors je suis trop occidental ^^, mais il me semble que Marc Aurèle a déjà dit tout ça bien avant et en mieux)... et surtout cette dimension raciale, bien gaucho-pédante et faux cul, consistant à faire passer tous les noirs de ce film pour des gens biens, et les blancs, tous ridicules, en de vilains racistes couards et beaufs (ne serait-ce pas du racisme ?) - une mafia bedonnante sur le déclin, élément parfois comique ici, très proche de celle des Soprano à la même époque - ....
Pour l'occasion, Jar-too-musch, sorte de double cinéaste indé' de Jack Lang, te mâtine tout ça de reggae (bien entendu man) mais surtout de gros hip hop chébran (certes pas déplaisant), cette musique communautaire de ghetto, tout à fait adaptée à ce communautarisme mystique de ghetto fait par un blanc péteux (en sachant qu'il existe désormais du rap parisien de et pour petits bourgeois blancs, amusant deux minutes, genre Stupeflip ou Klub des Loosers). En bon bobo post-godardien, ajoutée à la musique clairement juke-box, il faudra se taper un peu de "name-dropping" littéraire (Jarmusch te montrant qu'il a beau être intermittent, il lui arrive de lire quand même).
Je lisais cette critique états-unienne qui employait un mot anglais que j'aime beaucoup : "patronizing", soit condescendant, qu'on pourrait s'amuser à lier à "dame patronesse", ce qu'est ni plus ni moins Jar-monster-musch et son dandysme à la con. Le montage, toujours le même, soit d'innombrables fondus-enchaînés, tente d'atteindre le rythme zen, mais le systématisme du procédé fait que l'on finit davantage par se demander si le film ne ferait pas une demi-heure de plus que la durée annoncée.
P.-S. Ça reste quand même un des moins pires Jarmusch
P.-P.-S. Voici ce que je préfère vous prescrire (en plus du Melville bien entendu) :
De Jean-Pierre Melville (1967, France)
Pour mon retour à ce que l'on appelle souvent beaucoup trop vite "cinéma", et après mon périple Striptease (ici, et là), je me suis donc posé devant ce que je savais être un "classique du cinéma français", avec tous les soupçons et les doutes que présupposent ce genre d'adoubement encyclopédique et tchernia-esque... bien mal m'en prit ! car je suis ressorti de là avec toute la zénitude que peut provoquer par exemple un film d'Ozu (hé oui ! décidément, ça va "cinéphiler" aujourd'hui !).
Penser à Ozu donc, en constatant que la vie ascétique du tueur Delon est en accord esthétique parfait avec la mise en scène de Melville. Réalisation au cordeau en effet (ou au katana, pour rester dans le ton), tout semble avoir sa place, tout est millimétré mais sans aucune matière filmique grasse, comme chez le réalisateur japonais. L'éclairage se la joue certes ici et là à l'hollywoodienne de l'âge d'or, quand il fait étinceler ses actrices, ou qu'il plonge Delon dans une belle pénombre, toujours sobrement néanmoins. Ce sera aussi à un autre vrai moderne de l'époque que l'on songera, soit Sergio Leone, lorsque l'accent se porte davantage sur l'ambiance sonore que le dialogue, ainsi que sur les regards - à travers lesquels Delon fait tout passer, notamment lors de la dernière séquence poignante - (un scénario par ailleurs d'une limpidité absolue, loin des inextricables touchages de nouilles de certains polars). Pour faire un autre pont, on peut dire aussi que le jeu d'acteurs semble bressonien par son minimalisme, puisqu'un vrai cinéaste n'a guère besoin de torrents de larmes ni de surjeu pour rendre un film réellement expressif. Dans cette belle sobriété, je crois avoir rarement pu apprécier le rôle d'un inspecteur de police comme ici (cf. François Perrier).
On appréciera le travail sur les décors, de la superbe décrépitude de la chambre de bonne du tueur solitaire, contrastant avec la stérile clarté de l'appartement pré-Ikéa de la pianiste bardé d'art contemporien, ou même du "dancing" moderno-jazzy, au sein desquels, comme un personnage de Tati, le Delon samouraï paraîtra tel un spectre anachronique.
Le film sera une grande influence pour les post-modernes tels que Jarmusch (je veux revoir Ghost Dog) et Tarantino (on retrouve ici le même goût déceptif pour la violence fulgurante), en ce que Melville saisit un certain classicisme qu'il remanie à sa sauce, faisant donc du Samouraï un vrai film d'auteur moderne comme on pourra l'entendre de la production de cette époque (hélas, en France, ce sera davantage la niaiserie romantico-bourgeo-nombriliste truffaldienne qui plombera les productions futures).
En ce moment donc, je ne regarde absolument plus aucun film (le cinéma n'est plus qu'un joujou pour hipsters et/ou geeks) mais je fais bien mieux que ça, je dévore
l'intégrale de Striptease, encore. Et je ne puis résister à l'envie de vous en refiler un, qui durera le temps qu'on repère le copyright ou pas. C'est incroyable comme certains épisodes semblent
capter ce que le cinéma essaie souvent péniblement de retranscrire via la singerie fictionnelle. Et puis c'est aussi souvent un témoignage aussi précieux que la trilogie paysanne de Depardon, sociologiquement, d'une certaine gouaille et un sentiment populaire clairement en
voie d'extinction sous les coups de butoire de la dictature du cool et du babylonisme imposé par la dépressive et déprimante modernité. On appréciera techniquement cette douceur du montage, qui
l'air de rien doit être suffisamment sélectif parmi des heures et des heures de tournage, au sein desquelles il sculpte et façonne la si juste durée de l'émission, soit dix petites minutes, pas
plus. Et l'on aboutit, pas toujours mais souvent, sur de véritables petits concentrés de tendresse et de nostalgie comme celui ci-dessous (le passage du temps est une obsession de la série, il
n'y a qu'à voir ces épisodes "doubles", avec entre deux une ellipse de plusieurs années dans la vie d'un même individu), sans angéliser, sans diaboliser, des êtres humains.
Pour fêter cette nouvelle et sûrement tout autant sublime année que la précédente, je vous offre un épisode de feu l'excellente émission franco-belge Striptease,
encodé par mes soins et qui vaut bien le Manderlay de Von Trier, sans les chichis ; un épisode cultissime.
............................
De John Michael McDonagh (2011, Irlande)
The Guard, c'est un peu l'anti-Intouchables. Du moins, ce buddy movie (film de potes, souvent flics) ne donnera pas de leçon putassière enniaisant encore un peu
plus les masses avant l'effrondrement à venir, notre irlandais, brillamment interprété par Brendan Gleeson, ne sera à la fin ni plus ni moins raciste qu'il l'était au départ, parce qu'après tout
il est irlandais et "être raciste fait parti de ma culture", dira-t'il le plus naturellement du monde alors qu'il chahute l'agent du FBI (Don Cheadle, donc noir, quoiqu'on dise "black" je crois
aujourd'hui, les gens pour de mystérieuses raisons n'osant pas dire "noir") venu dans le patelin enquêter sur des trafiquants de drogue.
Traitant gentiment l'intrigue policière par-dessus la jambe (ce qui n'est pas pour nous déplaire), McDonagh s'amuse davantage à portraitiser son fonctionnaire
bourru et solitaire amateurs de putes, mais sans sombrer dans le houellebecquisme poisseux, une sorte de faux méchant pour une intrigue non-métropolitaine, le décor, soit la côte irlandaise
sublimement désolée, étant largement mis en avant. Deux acteurs principaux qui n'en font pas des tonnes, l'écriture sachant se faire naturelle (peut-être juste trop légère en ce qui concerne son
trio de mafieux) : un agent du FBI droit et professionnel, et un vieux cow boy "européen" (du moins pour le moment) fonctionnaire, deux hommes de plutôt bonne volonté au final (ce qui nous change
des énièmes figures de geek adulescent en vogue), le film ne s'encombrant que très peu de figures féminines, Dieu merci, plutôt en retrait mais d'autant plus charmantes pour le peu de temps
d'apparition à l'écran.
Mentionnons aussi et surtout que l'ensemble jouit d'une photographie léchée, très bien éclairée, c'est cadré, ce qui finit de rendre estimable ce petit
plaisir.
Voilà, je viens de zapper à travers les centaines et centaines d'images que représentent une heure de film, pour tenter de trouver le photogramme précis où Sarah semble être complètement à la fois ailleurs et frappée par la grâce (à m'en faire chialer assez fréquemment), transcendée par son chant qu'elle maîtrise d'un bout à l'autre, ce qui se voyait - puisque pas de son donc - à sa gorge, à son regard, celui qui a hanté ma recherche, image par image, des yeux qui révèlent un être totalement investi, à cette torsion du coup, tout est à l'oeuvre et vibre (pour un vibrato mesuré), et puis ce petit sourire en coin ravageur à l'occasion, parce qu'on est jazzy ou on ne l'est pas, de cette classe imparable (ici réhaussée par un noir et blanc qui fait merveille en gros plan) que des machins post-modernes tentent aujourd'hui de recréer industriellement en y tartinant par-dessus leur dose de considérations bien sociétales (cf. Mad Men).
Des morceaux de concert où l'ampleur de cette voix semblait parfois prendre des airs d'opéra (je pense à sa conclusion de Maria qui laisse une spectatrice en larmes), mais justement, comme tout ce que nous avons toujours tenté de saisir ici, nous
sommes dans un entre-deux génial où la dite "pop" est à son plus haut niveau d'exigence, une sincérité qui n'a guère besoin de se cacher derrière un foireux élitisme.

[L'Express] Vous avez aussi passé pas mal de temps sur l'écriture du scénario...
[Irvin Kershner] Oui ! Mais nous avons dû tout recommencer. George m'avait montré un script en m'affirmant qu'il était bon. Je lui ai répondu «oui, vous avez raison, jetez-le !» Je suis alors parti à Londres, où j'ai commencé à élaborer le design et modeler le scénario en fonction de dessins que j'ai consignés dans un livre. [...] Il faut dire qu'il n'est pour ainsi dire pas venu sur le tournage. Il est juste passé deux fois à Londres quelques heures pour rencontrer un banquier, c'est tout. Il m'avait promis qui si j'acceptais de le réaliser, ce serait mon film et qu'il ne chercherait pas à interférer dans mon travail. J'avais effectivement peur qu'il soit toujours penché sur mon épaule à vérifier que j'allais dans le même sens que l'Épisode IV qu'il avait réalisé. Mais il est trop intelligent pour ça.
[...] il y avait trop du bruit sur le plateau. Le déplacement des gens, des décors... on ne s'entendait plus ! J'ai donc dû refaire près de 90% des voix. Personne ne le savait. Ça m'a aussi permis de donner des voix british aux rebelles, et des accents américains à tous les membres de l'Empire ! Juste pour les différencier... et faire une blague un peu aussi.
[L'Express] Et pourriez-vous faire comme George Lucas, qui travaille sur les mêmes films trente ans après dans le but d'atteindre la perfection ?
[Irvin Kershner] Non. Je vais vous dire. Il a réécrit l'Épisode IV et l'Episode VI. Dans un premier temps, Le retour du Jedi n'était pas satisfaisant. D'ailleurs, je n'en aimais pas tellement le script. Il a depuis retourné des scènes, changé des personnages, la musique... L'épisode que j'ai réalisé est, lui, resté intact. La seule chose qu'il a modifiée, c'est la taille d'un monstre des neiges, et ce, dans deux séquences. Car il voulait vendre la figurine en produit dérivé et il fallait qu'on la voie plus à l'écran ! Il m'a demandé si c'était possible, je lui ai dit «bien sûr !» A part ça mon film est resté exactement comme je le voyais...
(lire l'intégralité de l'interview)
Bon même si feu Irvin n'a pas bien vu que sicko Lucas avait retouché deux ou trois autres choses, c'est là que vous comprenez d'autant plus pourquoi L'Empire Contre-Attaque est le seul bon Star Wars.
En bonus, voici une nouvelle révision de Lucas à l'occasion de la réexploitation en 3D des films en salles : la planète Alderande tire la première !
Vous savez qu'Hollywood aime bien parfois les petits clins d'oeil et jouer de son côté industriel en série, il en va ainsi par exemple du "cri de Wilhelm" repris à peu près partout. Alors que je retombai amoureux de Jennifer Connelly dans House of Sand and Fog, puisque pas encore anorexique (2003), assez mauvais film dégoulinant de mélo sur la fin, mais plutôt proprement réalisé, j'ai été obligé de me rendre compte qu'il devait circuler à cette époque comme une espèce de défi chez les réalisateurs ayant décidé de prendre l'actrice, la preuve :
Jeny dans Dark City (1998)
De Gérard Lauzier (1984, France)
Après tout, le film d'ado n'est pas l'apanage du seul empire états-unien. C'est ainsi qu'en surfant sur l'excellent site "Cultural Gang Bang", je tombai sur un extrait amusant du P'Tit Con, dans lequel un jeune arrogant harcèle son pauvre
père et le charge du poids de la guerre d'Algérie ainsi que d'autres joyeusetés.
Bon il faut le dire de suite, Lauzier, ce n'est certes pas du grand cinéma, ni même du film d'ado' esthétiquement bien troussé.
Il n'empêche que l'aspect pour le moins picaresque de ce pré-Tanguy péteux, parti tendre la main à une pauvresse des quartiers, est assez amusant. Il y a un petit
côté La Conjuration des Imbéciles, lorsque notre
jeune héros se confie à son journal et se pense artiste maudit ou semble enfler le moindres des évènements de sa prose prétentieuse, blogueur des années 80. Au menu donc, des ex-soixante-huitards
partouzards voire pédophiles (que c'est étonnant huhu ^^...), un vieux "souchien" (comme dirait Houria) que notre héros veut aider, et qui se plaint des "nègres et des bougnoules" entouré
justement par la "diversité" dans le métro (cela devrait nous rappeler un
évènement récent), et une gonzesse qui profite de ce que son hôte la "respecte" tellement dans l'attente polie du coït compensatoire, moyennant un doux mépris (un peu comme le futur "poète"
dans Dogville, en moins nihiliste cependant)...
Cela étant, le film ne fera pas que tourner en dérision son personnage, dont il montre bien au final la prise de conscience de sa propre bêtise et une éventuelle
libération, de justesse tel un Ignatius. Bref, c'est un petit Ghost World du terroir, bien avant Ghost World et
en largement moins indé, l'acteur principal est assez horrible à certains moments, et puis il faut se coltiner un Daniel Auteuil surjouant le blouson noir...
Je me suis amusé à vous en tirer un petit extrait, que j'ai nommé :
"Du romantisme exotique transclasse"
Rasko' s'est risqué, pour des raisons qui nous restent obscures (cinéphilie de l'extrême peut-être), à un énième film de "de cap' et de perf". Le tout est illustré par mes soins.
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« L’idéal « singe » pourrait un jour ou l’autre, pour l’humanité, être un but », Nietzsche.
Si le remake de La Planète des Singes par Tim Burton fut pour celui-ci le commencement de la fin, La Planète des Singes 3 : le soulèvement des machines, nous montrera le commencement du début de la fin, rejetant sa véritable apocalypse en fin de métrage, c’est-à-dire là où le film aurait du commencer… Premier problème puisque c’est ce à quoi mène cette origine qui est intéressant, pas l’origine en soi. Pendant tout le film, on aura donc l’impression que l’enjeu est ailleurs, aux frontières du générique. Cette aporie qui rend inutiles la quasi-totalité des préquelles, se double ici d’un contresens total sur le matériau d’origine, qui est une allégorie de la domination humaine. Un peu comme si l’on retraçait les événements menant au Meilleur des Mondes d’Huxley. Ce qui relève du philosophique sera donc réduit à de la pure et simple physique, celle d’une potion magique et d’un virus, et la domination des singes ne résultera pas d’une violence intrinsèque mimant celle des hommes. Quelle pauvreté ! Pierre Boulle se prend un joli coup de boule…
De nombreuses critiques soulignent l’intelligence du script : je crois qu’il faut entendre par là que ceux qui émettent de tels avis cherchent simplement à flatter la leur. Malheureusement pour ces philistins, qui me donnent à mon tour l’occasion de prouver mon intelligence à leur détriment, le film de Rupert Wyatt Earp sera son OK Corral ; sauf que c’est moi qui tiens la gâchette. Mon Dieu, qu’est-ce que c’est con ! Enfoncé, le Burton !
Donc, James Franco recherche le remède à la maladie d’Alzheimer, et teste le résultat sur une guenon. Figurez-vous que la « dame » pète les plombs en pleine assemblée générale des actionnaires et se fait abattre par un agent de sécurité un peu zélé. Finies les recherches, trop dangereux ! Fi, en fait, c’était pour protéger son marmot, car personne ne s’était rendu compte de sa gestation et de son accouchement ! Et Franco de ramener chez lui le jeune primate surdoué et quelques échantillons d’élixir comme si de rien n’était ! Ce n’est qu’un parmi de nombreux exemples d’une logique tordue pour la faire rentrer sur les rails d’une rébellion annoncée. L’intégralité du scénario s’écroule si l’on considère qu’il suffisait à Franco de révéler le pot aux roses à son patron pour que ses essais reprennent, mais alors comment justifier ce tournoiement d’Andy Serkis dans les arbres, digne de Robert « Playmobil » Pattinson dans Twilight ?
Quant aux effets du fameux remède… Que les cellules du cerveau se régénèrent plus vite, et le rendent plus efficace, d’accord. Mais confondre aussi grossièrement le quantitatif et le qualitatif ! Ce n’est pas parce qu’une calculatrice peut nous donner jusqu’à dix décimales au lieu de huit qu’elle sait de facto faire les algorithmes. Le nombre de cellules ne créée pas la fonction. Si je m’attarde là-dessus, ce n’est pas pour couper les cheveux en quatre, c’est parce que cette erreur scientifique et philosophique anéantit toute possibilité de réflexion, et nous détourne de quelque chose de bien plus intéressant sur l’apprentissage et l’évolution. Ici, une piqûre suffit irrémédiablement à changer votre ADN (hein ?), et provoque trois ans plus tard un rejet de greffe (hein ?). La version 2.0 du remède est en fait un virus, on se demande bien encore comment personne n’a vu que c’était vivant, qui se répandra sur l’humanité dans une scène finale pompée sur L’Armée des douze Singes. Tout se doit d’aller très rapidement, comme cette forme gazeuse du remède qui permettra d’éviter de rendre trop fastidieuse l’évolution subite de la ménagerie.
La partie sur James Francolissimo est vite expédiée, et n’arrivera jamais à son destinataire, ça marche comme la Poste. On apprend quand même que par la faute de son sourire ultra bright, Franconnard vient de génocider l’humanité, mais cette responsabilité et purement et simplement escamotée et il ne tique pas d’un sourcil. Le marasme cesse un peu lorsqu’il envoie son singe à la SPA avec sa Fiat Punto, qui n’est pas italienne, et qui ne servira à rien d’autre qu’à montrer son minois fadasse. Le héros du film, le singe César (à ce degré de surlignage, Spartacus aurait été plus indiqué), auquel nous sommes sommés de nous identifier, nous refait donc le coup de la révolte des esclaves, mélangée à Prison Break. Dans une scène clé du film, qui d’ailleurs ouvrira les portes de la prison, César découvre la parole et crie un « non » de révolte, César, le singe qui a dit non, donc. Je me suis fait une frayeur, j’ai cru à un moment que les autres singes allaient parler avec la voix de Patrick Bouchitey.
Un dernier petit mot, car tu te fatigues, lecteur, et moi aussi. Non seulement c’est très con, mais c’est aussi très laid ! Passons sur l’impersonnalité de la photographie pour nous concentrer sur la « performance capture ». Le paradoxe est que le rendu des singes est convaincant, cependant leurs mouvements et leur masse irréalistes, qui les font sautiller dans tous les sens, en roue libre totale, cessent de nous les rendre crédibles et n’en font plus que d’hideuses marionnettes de synthèse. Et s’il vous plaît, plus de crépuscule en numérique, ça irrite les yeux !
Une dernière chose : nos primates si photo-réalistes n’ont pas une couille qui pende ! On est dans du Disney ! Je veux ma peluche Andy Serkis !
Raskolnikov36
Avec Zach Galifianakis (2008, Etats-Unis)
Nous sommes dans un futur proche, ou plutôt une réalité alternative comme dans Steak. Il semblerait que tous les gens soient malheureux, voire au bord de l'explosion (littéralement) à tout moment. Zach bosse dans une entreprise froide et impersonnelle,
dans laquelle un haut-parleur orwellien décompte le nombre d'heures de productivité restantes avant le week-end...
Non mais franchement, c'est un acteur ça ??? Si vous voulez un barbu un peu bedonnant, salarié du tertiaire semi-dépressif et inexpressif, vous pouvez peut-être juste vous regarder dans la glace non ? ou bien vous taper un épisode de BREF qu'une énième connaissance lourdingue vous somme de regarder via son mur Facebook (reconnaissons au moins à Canal + ce talent d'avoir colonisé chaque génération de jeunes de son non-humour depuis les années 80).
"Educate yourself, you can learn actually a lot in 90 minutes instead of seeing yourself as a persiflage on your brand new plasma TV you bought on credit. Again, you may get a kick out of this movie if you work in the environment being described. You may think "Yeah, that's me" and the next day you'll go to work again, being the same gutless and characterless person you were before" nous écrit une juste critique sur IMDB.
Un film indé', qui se force énormément pour se donner des airs bizarres, et qui ne finit en réalité que par être un Office Space prétentieux, tout le côté dépressif et satirico-brazilien étant raté ou peu inspiré. Comme dans tout film de bourgeois indé', il y a toujours une séquence où les personnages se décident à se lâcher en foutant le boxon autour d'eux, quitte à foutre en l'air son propre chez-soi, mais de toute façon ce n'est pas grave, notre pauvre héros post-moderne a un gros bateau sur le pont duquel il finira par sauter cette collègue (évidemment bonnasse) à qui il ne parlait qu'au téléphone (comme quoi le travail libère au moins la quéquette).
(Between Two Ferns, si vous tenez absolument à avoir du Galifianakis)
De Phil Joanou (1987, Etats-Unis)
Les choses sont claires : notre héros, plutôt nerd, vient, par maladresse, de brusquer la nouvelle brute arrivée au lycée, qui le provoque donc en duel, mano a mano, une fois que les cours seront terminés à trois heures pétantes de l'après-midi. D'ici là, en bonne peureuse nerd, il va tout tenter pour éviter l'inévitable cassage de gueule qui l'attend.
Je comprends maintenant pourquoi je me fais si souvent chier devant des films, c'est que pour la plupart ils ne font pas de cinéma, ils illustrent mollement, en 2D ou en 3D, leur scénario (plus ou moins passionnants), truisme me direz-vous, mais qui reprend toute son importance dés lors que vous retombez enfin sur un Three O'Clock High, qui dès la première minute, aussi bien au niveau de l'image que du son, influe une dynamique purement cinématographique. Et c'est un BIJOU du genre !!! très clairement à mettre à côté des John Hughes de la même époque, l'un des meilleurs films d'ado' (sans prendre en compte les films "d'auteur" tels que les sublimes Donnie Darko ou Paranoïd Park), de ces temps où l'on put en faire tout en soignant sa mise en scène, sans sombrer dans le pur produit d'exploitation cynique et laid (genre les mongolifiants American Pie ou l'indigent Mean Girls).
Sans aucun doute là-dessus, le film a dû être une influence principale de la fameuse série "Parker Lewis ne Perd Jamais" (série fondatrice pour moi, qui elle-même inspirera Malcolm) !! C'est l'évidence dés le départ, via un montage rapide signifiant (aujourd'hui le montage cut au cinéma, c'est tout le film durant... et ne veut donc plus rien dire), de grâcieux mouvements d'appareil et quelques zooms accélérés ici et là, de même que cette façon de cadrer de très près et/ou en contre-plongée, tels certains personnages (les adultes étant tous un peu monstrueux, évidemment), comme le montre ma capture ci-desssous, hyperbole filmique et donc drôle, où la brute sera artificiellement exagérée comme le sera le gros Kubiac chez Parker (à noter que l'acteur est aussi très juste, sans en faire des tonnes, après tout la mise en scène fait déjà le plus gros). Le rythme est dans l'ensemble très maîtrisé, notamment via ces nombreuses et régulières virgules visuelles sur les horloges, elles-mêmes hantant la bande-sonore, symbole de l'inéluctable...
Contrairement à Tintin, aucun mouvement, quand il y en a un, n'est gratuit, par exemple lorsque notre nerd se laisse charmer par une jolie blonde pendant une projection de film (qui n'est en réalité que la projection de l'anxieté de notre nerd), la caméra glisse alors doucement sur l'un et l'autre. Nous entrons au lycée par un simple et joli plan-séquence, qui accompagne la rumeur sur l'arrivée de la nouvelle brute, comme dans un western. Le film n'en oubliait pas de charger son récit d'une certaine pesanteur, le duel final semble vraiment menaçant, la némésis taiseuse aussi, de telle sorte que le tout, sous l'égide d'une temporalité contraignante, nous donne une espèce de variation du Train Sifflera Trois Fois, High Noon, en version ados légèrement plus loufoque.
Bref, presque chaque séquence est une fête, l'ensemble est diablement jouissif, les moyens cinématographiques mis en oeuvre sont expressifs, et tout cela préfigure l'une des rares bonnes séries des années 90 (Parker Lewis), le tout avec le futur directeur photo de Miller's Crossing... vous excuserez du peu.
Aujourd'hui, Rasko' prend le relais pour nous parler de cette agréable surprise qu'est Bridesmaids (produite et réalisée par des Freaks & Geeks...), avec Kristen Wiig que nous aimons bien, et que nous avions laissée ici dans le bon Extract de Mike Judge.
De Paul Feig (2011, Etats-Unis)
On me reprochera sans doute de radoter, mais qu’il me soit permis encore une fois de pester contre les distributeurs français de ce film qui auront transformé ce « demoiselles d’honneur » en Mes meilleures amies, c’est-à-dire un complet contresens sur l’intrigue du film. Des meilleures amies qui ne se connaissaient pas la veille et soit s’opposent, soit s’indiffèrent, on aura connu mieux. C’est qu’il n’est pas besoin de voir les films que l’ont est chargés de vendre, tout comme dans l’édition il est recommandé de ne surtout pas lire le livre dont on rédige la quatrième de couverture…
Le film laisse en lui-même craindre quelque redoutable guimauve à mi-chemin entre Bridget Jones et Sex and the city, mais nos appréhensions se dissipent rapidement. C’est en effet l’histoire d’une célibataire endurcie rêvant du prince charmant, la ci-nommée Kristen Wiig, mais l’on se concentrera plus sur les aspects déplaisants de la personnalité d’icelle, sa jalousie et son immaturité, que sur la romance qui est rejetée à l’arrière plan. Bien sûr, cela reste finalement, derrière le refus du bon goût, une comédie romantique au fond assez convenu, comme souvent dans les productions Apatow, mais là n’est pas l’essentiel.
Première chose, l’on saura gré à la distribution de ne pas se composer des stéréotypes de beauté que l’on nous sert habituellement, pour nous proposer des physiques un peu plus « réalistes », mais non sans charme. On distinguera ici les personnages de Chris O’Dowd, bon dans la faloterie, et celui de Melissa McCarthy, qui nous fait penser dans sa physionomie et sa façon de jouer à un Ricky Gervais femme. Et, en nous contredisant un petit peu, on s’étonnera qu’une actrice aussi laide que Maya Rudolph fasse l’objet d’une telle attention dans le film - question de crédibilité.
Mais la vraie découverte de ce film est l’exceptionnelle Kristen Wiig, qui scénarise également. Aperçue dans le faiblard Paul
(les talentueux Nick Frost et Simon Pegg sont en train de s’enfermer dans une rengaine « les geeks parlent aux geeks », voire aussi le triste devenir d’Edgar Wright), l’actrice nous offre un festival, et nous fait rire
avec un jeu très subtil. C’est un plaisir d’admirer son interprétation, et pour ne rien lui enlever, elle est en outre particulièrement charmante. Les comédies d’Apatow nous avaient déjà révélé
de très grands acteurs comiques en les personnes de Carell, de Rogen ou de Segel, mais aucune actrice marquante (mis à part la sublimissime Leslie Mann mais dans des rôles secondaires), voici
donc un équivalent féminin de même calibre.
L’humour mis en œuvre n’invite certes pas au fou rire, mais fonctionne mieux que dans une logique purement gaguesque. Il se joue souvent en deux temps (voir par exemple le coup de l’agent fédéral dans l’avion, ou du restaurant mexicain qui tourne mal, et qui est moins drôle pour la scatologie que pour le déni des personnages) et n’hésite pas à étirer certaines scènes, parfois jusqu’au malaise. Ainsi de la scène hilarante où la Wiig rivalise de flagornerie avec Rose Byrne pour se montrer plus royaliste que le roi en matière d’amitié. Et puis cette façon de proférer les plus grosses énormités l’air de rien, sans avoir à nous souligner les choses… On appréciera que le moteur comique réside dans la jalousie de l’héroïne (qui, frustrée dans sa vie amoureuse, ne veut pas se faire piquer sa meilleure amie) et que celle-ci ne soit pas épargnée, mais en mettant toujours en avant son humanité. En passant, on dira que le très bon Danny McBride joue lui aussi d’un même registre, avec son personnage de gros beauf derrière lequel perce une tristesse immense. Ce type d’humour nous semble diamétralement opposé à celui d’un OSS 117, qui est certes efficace, mais se complait dans une condescendance facile.
Très bien interprétée, très bien écrite, cette comédie n’en possède pas moins une réalisation sans éclat particulier, comme c’est malheureusement souvent le cas dans le genre. La fin est, c’est regrettable, une double pièce montée : celle du mariage de l’amie de Wiig mais aussi le goût de la pièce montée, un peu trop sucré et bourratif pour notre palais, celui d’un groupe venu en guest star pousser la chansonnette, comme dans les mauvaises séries, dans un kitsch dégoulinant.
P.S : je ne me lasse pas du sort fait par le film au « sexfriendisme » (je néologise si je veux), dans l’exquise goujaterie faite par le héros de Mad Men à la Wiig après son réveil : « je déteste vraiment passer pour un connard, mais quand-même, j’aimerais bien que tu te tires d’ici » (je traduis). Ou comment se dédouaner de sa saloperie par le second degré, et en retournant le rôle de la victime.
Raskolnikov36
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