
"On dit parfois que quand personne ne respecte la loi, c'est qu'il faut changer la loi. Sauf que si tout le monde tue son prochain, on ne va pas pour autant
légaliser l'assassinat."
Énième trésor de logique implacable clouant le bec de la ménagère, de la part de notre Président dans son discours sur l'accord Olivennes (président du groupe Fnac...) en rapport au
téléchargement illégal.
On aurait pu espérer cette idée émise alors que la loi dadvsi voyait le jour, à savoir une redevance sur nos forfaits Internet, redistribuée en droits d'auteurs, cette dernière aurait au moins pris
en compte le monde tel qu'il est aujourd'hui, mettant fin aux nombreuses hypocrisies dans le domaine qu'est le dit "piratage" de musique et de films en ligne. Or, bien sûr, ce n'est pas avec notre
nouveau gouvernement qui, je le répète, a fait de la beauferie satisfaite une institution, que les choses seraient allées dans ce sens, en témoignent donc les futures mesures révélées par le
discours de Sarkozy contre le "far west"(sic) du peer-to-peer, et face auquel il en appelle donc à un Internet "civilisé" (re-sic) !
Bref, à l'heure où les vitesses de téléchargement haut-débit sont de plus en plus élevées, et où dans nos grandes surfaces tous les lecteurs DVDs sont désormais compatibles DivX et MP3*, la
législation à venir, elle, prévoit une "autorité publique", qui à l'américaine (l'assimilation continue), devra demander aux FAI (Fournisseur d'Accès Internet) d'envoyer des "mails d'avertissements
aux internautes qui font un mauvais usage de leur abonnement". On aimerait bien savoir comment les FAI repéreront de telles pratiques, si ce n'est en bafouant la vie privée de leurs clients (j'y
reviens)... Plus grotesquement autoritariste encore, "en cas de récidive", on pourra "suspendre temporairement l'accès à Internet", voire résilier l'abonnement (pas de bras, pas de chocolat !).
Pour avoir lu le dit rapport lui-même, on a là un truc tout à fait flicard, le texte contenant à peu prés, sur ses 43 pages, une bonne cinquantaine de fois le mot "filtrage" (des fichiers partagés,
des IPs...). Et à propos de la vie privée, il semblerait qu'on donnera plus de force à une certaine "autorité publique" donc (l'Autorité de régulation des mesures techniques de protection), qui
parce que publique aura la légitimité de l'impartialité, et pourrait en cela passer outre ce qui était de l'ordre du droit constitutionnel, et faire ce qui nécessite normalement un juge: soit
rapprocher vos "coordonnées numériques" (genre votre adresse IP je présume) de votre propre nom (c'est page 20 et 21), pour ensuite demander à votre FAI de vous sermonner comme il est donc
prévu.
Il ressort donc de tout ça une question plus qu'épineuse, et dépassant largement le problème du téléchargement, qu'est celle de l'adresse IP, celle-ci fixe ou non, attribuée automatiquement à
chacune de vos connexions, le rapport posant franchement la question de savoir si une telle adresse est "nominative" ou non (lire impérativement les deux copiés-collés du rapport ci-dessous)...
S'il est finalement décidé que votre adresse IP, unique, parfois affichée lorsque vous postez un commentaire de-ci de-là, n'est pas de l'ordre de votre vie privée (le contraire de ce que posent et
le Conseil constitutionnel et la CNIL, évidement !), alors qu'est-ce qui empêcherait le pouvoir de vous ficher et de vous pister pour d'autres raisons ?... Est-ce là le début d'un Internet
"civilisé" comme l'appelle Sarkozy ? Ou plutôt les sous bassements d'un futur Internet enfin aussi docile que les médias plus visibles pour lesquels parfois le Président nomme lui-même les hauts
dirigeants (cf: le cas du journal Les Échos récemment) ?
*À cela notre président plein de bon sens me rétorquerait peut-être: " Oui mais c'est pas parce qu'on vend des armes qu'on va autoriser le meurtre !".
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