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Jeudi 7 juin 2012 4 07 /06 /Juin /2012 22:46


- Raskolnikov persévère dans les salles obscures :

De Ridley Scott (2012, Etats-Unis)

 

Attention, spoilers

 

Mon cher Riri,

 

Tu te souviens que, la dernière fois que j'évoquais ton cas sur ce blog, je confiais mes craintes sur cette préquelle mais pas tout à fait d'Alien. Malgré tout, j'y croyais un peu, ou du moins je m'y forçais, espérant naïvement que si tu revenais à l'un de tes deux chefs-d'oeuvres, tu retrouverais ton talent d'autrefois et effacerais automatiquement deux décennies de films de propagande boursouflés. Je te vois un peu comme un Teubé Loupeur, vous faites tous les deux de la grosse série Z, la seule différence entre vous, c'est que tu as plus d'argent à dépenser à chaque tournage... Et pour ton petit camarade aussi, on espère à chaque fois qu'il refilmera quelque chose de la trempe de Massacre à la tronçonneuse, pour être systématiquement déçu et même honteux, seuls les journalistes de Mad Movies parvenant encore à s'extasier sur ses bouses. Mais on espère quand même. Bon, et puis, voir un film comme Prometheus, c'est ce dont je rêvais depuis des années, et ça, l'attente, tu avais su la construire, et puis il faut dire que ta bande-annonce avait l'air alléchante...

 

J'étais un peu, vois-tu, dans la position d'un partisan de Jacques Cheminade, persuadé que son candidat allait taper 80% au premier tour...

 

Ca commence plutôt pas mal, belles images de terre primitive, séquence d'introduction de l'androïde assez vivante (Michael Fassbender, décidément sur tous les projets intéressants du moment... du moins sur le papier), l'architecture gigerienne... La photographie est plus que correcte et le design science-fictif réussi.

 

Alas, I was lost!

 

Ou plus exactement : Alas, it was Lost! Car qui es-tu allé chercher au scénario, mon Riri? Damon Lindelof, alias l'un des coupables de Lost, responsable aussi du "scénario" complètement stupide de Cow-Boys Et Envahisseurs! Lindelof, c'est ce genre de personnes qui, après s'être foutu de la gueule du monde pendant six ans avec sa série à mystères, ne leur donne aucune explication, alors qu'une armée de geeks désoeuvrée s'était acharnée en vain à les résoudre. Lindelof, c'est le bon gros bras d'honneur des familles adressé au spectateur, c'est l'excuse du lâche qui se fend d'un "ce n'est pas la destination du voyage qui est importante, mais la façon d'y parvenir", alors même que dans Lost, aucune étape du voyage n'a de sens si elle n'est pas éclairée par sa destination...

 

Ah, c'est pas malin, ça, mon Riri! Je te l'avais dit, la dernière fois, qu'il fallait faire attention à la cohérence des scénarios! C'est pas qu'un film doive reposer uniquement là-dessus, mais tout de même! Quand il y a plus d'incohérences au mètre carré que de fautes de goût dans un appartement décoré par Valérie Damidot, on finit par ne plus voir que ça! Bon, et puis je tape sur Lindelof, mais c'est pas pour autant que je vais t'épargner, Riri ! Tu es responsable de ce que tu filmes. Si le scénario n'est pas bon, tu le fais réécrire. Tu as bien su le faire sur ton film précédent, tu te rappelles, tu avais transformé un pitch intéressant, Robin des Bois du point de vue du shériff de Nottingham, en Robin des Bois Begins!

 

Prométheus, c'est Lost in space. C'est une histoire qui part dans tous les sens, à défaut d'en avoir un, et qui au final ne résout rien de ce qu'elle pose. Très cyniquement, elle nous vend ce qu'on était venu voir pour le prochain épisode. Il y a bien le thème de la filiation qui est abordé, avec cette histoire de la progéniture qui se retourne contre ses créateurs. Or, il y a une différence de taille entre plaquer un thème et explorer celui-ci, construire une véritable réflexion sur le sujet. Je ne te demandais certes pas, Riri, que tu nous mettes en place une mythologie complexe et totalement originale pour expliquer la provenance des aliens et des ingénieurs. Je voulais surtout que tu la fasses vivre, que tu mettes en scène leur habitat originel. Si tu avais eu des couilles, tu aurais réalisé un film sans humain ou quasi. Au lieu de cela, on aura droit à un patchwork des quatre films de la série des Alien, mixés à d'autres films connus, ce qui donne des scènes qui n'ont de sens que comme clins d'oeil. Au lieu de ça, on se contentera de faire dire au pilote du vaisseau que les aliens sont une arme de destruction massive destinée aux humains mais qui s'est retournée contre les ingénieurs. Mais cela, il fallait le filmer, coco! Et nous dire pourquoi les ingénieurs ont voulu anéantir les humains après les avoir créés! Au lieu de ça, on essaye de rattacher les wagons avec le film originel, en se disant à la toute fin "bah mince, faudrait p'têt ben montrer l'alien quand même!", mais sans que l'on sache comment le vaisseau du premier film s'est retrouvé dans cette situation!

 

L'intrigue fait se succéder trois laborieux allers-retours entre le vaisseau Prometheus et la butte creusée par les ingénieurs. Au cours de ces pérégrinations, chacun des personnages essaie de surpasser l'autre dans l'incohérence de son comportement. Ce qui laisser à penser que dès le début, il ne servait à rien de chercher à comprendre quelque chose dans Lost, puisque cette série est le fruit d'esprits incohérents et roublards... les téléspectateurs étant nécessairement plus intelligents que les créateurs. Comment se fait-il que le personnage qui établit le plan des galleries est celui qui s'y perd? No reason. Enfin si, justifier que des péquenots se retrouvent seuls dans la salle des urnes pour s'y faire attraper par l'une des bébêtes du nouveau bestiaire bien peu original proposé. Comment se fait-il que les personnages affrontent une tempête pour retourner au vaisseau alors qu'il leur suffit de rester bien au chaud dans les galeries en attendant que ça passe? No reason. Enfin si, mettre une scène bien spectaculaire de tempête pour cacher la vacuité du scénario. Comment se fait-il que le médipod, alors qu'il se trouve dans le module personnel de Charlize Theron, ne soit pas programmé pour faire des opérations sur les femmes? No reason. Enfin si, transformer une césarienne en vivisection pour donner plus de tension au film. En parlant de tension, il y a en a peu, ce qui est un comble. Sur les dix-sept passagers, on n'en connaît pas la moitié, certains sont à peines esquissés et disparaissent aussitôt, et ce sont la plupart du temps les figurants qui trinquent. Du coup, il y a peu de personnages dont on craint pour la vie. Comment se fait-il que les réserves d'oxygène durent parfois cinq minutes, parfois une journée, et se rechargent en deux secondes? No reason, sauf à vouloir faire peur sur le manque d'oxygène.

 

Mon bon Riri, je pourrais continuer comme ça pendant des heures, mais tu ne m'écoutes pas! Tu enchaînes scénarios débiles sur scénarios débiles, c'est de ta faute, c'est que tu dois être limité du cortex. Pour ma part, à ton sujet, je suis guéri du dernier des maux restant dans la boîte de Pandore, femme d'Epiméthée, frère de ton cher Prométhée: l'espoir. Quant à imaginer la façon dont tu vas nous gâcher Blade Runner, le voilà, le vrai film d'horreur!

 

 

Raskolnikov36

 

Par B.
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