"Le changement, c'est maintenant" pour le cinéma français ? Notre envoyé spécial Raskolnikov, et son habituelle abnégation, se sont penchés sur la question exprès pour nous, le long d'un feuilleton critique de trois épisodes, rien que ça !
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Fin 2011, un certain nombre de films français sont sortis sur les écrans, connaissant un certain succès public et critique, qui ont amené une presse enthousiaste à parler de "renouveau" du cinéma français. Malheureusement, lorsque de telles conjonctions surviennent, ça sent souvent en réalité très mauvais. Mais pas forcément. D'où la nécessité de juger sur pièces, sans se laisser piéger par le simple esprit de contradiction. J'ai donc voulu, plusieurs mois après leur sortie, regarder ce qu'il en était de ces fameux Intouchables, de ces fameuses Polisse et La Guerre est déclarée. Je n'avais d'a priori que sur le premier. Les trois me firent une impression catastrophiques. Ces trois films, comme de par hasard, se veulent inspirés par des faits réels. On ne trouve pourtant aucune vérité en eux. On en trouvera bien plus dans un film comme The Artist qui, sans être un chef-d'oeuvre, ne fait au contraire que parler de l'articifiel.
INTOUCHABLES
De Eric Toledano et Olivier Nakache (2011, France)
Bon, précisons tout d'abord aux journalistes incultes (pléonasme?), style Laurent Weil et compagnie, qu'il est parfaitement idiot de parler de records de nombres
d'entrées en raisonnant en chiffres absolus. Intouchables aurait donc fait 35 milliards d'entrées en France, devant Bienvenue chez les Ch'tis et La Grande Vadrouille. Mais la population n'étant
pas la même à cette époque, il faut ramener le nombre d'entrées au nombre d'habitants et donc raisonner en pourcentage. Mais cela, ce serait trop complexe pour ceux qui nous expliquent à longueur
de journées qu'un film est bon parce que les gens vont le voir comme des moutons et qu'il recèlerait une vérité universelle (remember Avatar...)
Intouchables a au moins un mérite, c'est qu'il est plus drôle que le film de Dany Boon. Mais comme ce dernier n'est pas drôle du tout, cela signifie qu'il y a ici
trois blagues, périmées de surcroît (Pôle Emploi, l'art contemporain, la superbe Audrey Fleurot qui se révèle préférer les amours saphiques au supposé mandrin de male alpha d'Omar). Car il ne
s'agit pas en réalité d'une comédie, c'est un conte de fées dont la moralité pourrait s'énoncer ainsi : "tous pareils dans le parasitisme inspiré d'une histoire vraie". Omar Sy et François Cluzet
seraient donc à placer exactement sur le même plan en ce que le premier, ancien braqueur, fraude les allocations, tandis que le second, richissime, emploierait cet argent pour se payer des aides
soignants. Etre parasite par choix est la même chose qu'être parasite par accident. Vivaldi vaut Earth Wind and Fire. La peinture se réduit soit au portrait académique des riches, soit à ce dont
se moquait déjà Yasmina Reza dans Art, et n'est vue que comme un moyen de distinction. Autant utiliser son pactole pour des activités
suspendant la lutte des classes, comme conduire à toute allure une grosse cylindrée, voler en jet privé ou en deltaplane. L'apologie du divertissement de riche inculte qui démontre que ce qui
sépare le gros richard du prolétaire, c'est la taille de son portefeuille, qu'au fond ce sont les mêmes blaireaux. Le nivellement par le bas, sans complexes.
Et puis bien sûr, il y a la leçon de vie. Si Omar ne semble pas retenir grand chose de son aîné, Cluzet va s'ouvrir au contact du "nègre Banania", rigolard et
spontané, qui "au moins, lui, ne le prend pas en pitié" parce qu'il est handicapé. Ce qui n'empêchera pas la pitié dans d'autres domaines, comme lorsqu'Omar, en digne disciple de Josephine l'Ange
Gardien, prendra en main son maître pour l'aider à conclure avec sa correspondante dunkerquoise, dans un finale d'une mièvrerie insigne. De nombreuses oeuvres classiques reposent sur les
relations d'un maître et de son serviteur, ou d'un maître et de son disciple, aux caractères opposés mais complémentaires. Au rêveur Don Quichotte répond son valet Sancho Panza, pragmatique et
vulgaire. La nouveauté ici est de se servir de cette trame pour "créer du lien social" (voir à cet égard les affreux plans "à la Dardenne" lorsqu'Omar rentre dans sa cité). C'est extrêmement
maladroit puisque cela conduit concrètement à reconduire le cliché colonialiste déjà cité (renforcé par le fait que le rôle de l'aide-soignant est assumé par un noir, alors que le dernier plan,
putassier en diable, nous montre que le "vrai" personnage est un arabe), même si l'on ne confondra pas dans ces lignes racisme et stéréotype. Où sous couvert de se moquer des clichés on plonge à
pieds joints dans tous les autres...
Raskolnikov36
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